Gilet… de secours

Je suis né au début des années soixante. Donc résultat, j’ai connu l’arrivée du téléphone. On ne disait pas fixe. On ne disait pas sans fil. On disait « le téléphone ». Relié à un cordon spiralé qui ne se déspiralait jamais comme il faut. Et pas question de se planquer pour passer un coup de fil. La mère en cuisine n’en perdait pas une épluchure de courgette.

En quarante ans, qu’est-ce qu’on n’a pas du se bouffer comme apparition technologique. Et on se retrouve tous aujourd’hui, avec le smartphone dans les mains avec du internet dedans. L’autre jour, à la caisse au supermarché, une caissière demande à la cliente devant moi en lui montrant ses aubergines : « ça s’appelle comment ça Madame ? ». L’accès à la connaissance, c’est quelque chose !   

gilet 2

Au fil du temps, j’ai bien essayé de suivre le mouvement. Le cerveau a du un prendre un coup. Obligé moi aussi parfois de pianoter pour savoir comment faire cuire les potirons.

Non, le top, c’est « l’avènement » des réseaux sociaux. Là j’ai décroché, j’ai fini dans les choux. Bon, en résumé, ya fallut ingérer pleins de nouveaux outils sans avoir le temps de réfléchir à que comment ils transformaient notre monde de carottes Vichy. Forcément, toujours sur  Youtube, Netflix, pas le temps…

Et là, arrivent les gilets jaunes, tous droits sorties de Facebook. Aussitôt bing sondage : 70, 80% de sympathisants. Bigre… Purée, mes chers compatriotes, quelle vivacité d’esprit, déjà pour parvenir aussi vite à savoir ce que vous en pensez. Moi, j’ai eu un mal de chien à trouver la bonne sauce pour aller avec la salade.

Donc, 80% des français sympathisent. 80% des français sympathisent avec un même truc. Ça doit juste faire des siècles que c’est pas arrivé. Purée, de pomme de terre, comment parvenir à un score pareil ? Peut-être que la question sous-jacente sous gilet jaune, c’était : est-ce qu’il y a un truc dans la vie pour lequel vous êtes contre ?

Sans déconner, tous les outils de la démocratie, on met notre gilet jaune par dessus : voter, adhérer un parti, un syndicat, une association. Et là, appel sur face de bouc et bing, comme des courges qui sortent de terre, ralliement, tous sous le gilet jaune, le gilet qui vient unir toutes nos différences.

D’ailleurs, peut-être que médiatiquement c’est génial le coup du gilet. Mais quand je vois tous ces gens manifester avec la même tenue, la même couleur, jaune ou pas, ça me fait froid dans le dos que je cours chercher mon pullover le plus bariolé. Vite une bonne rasade de diversité, vite des gilets roses, émeraude, verts, turquoises, vermillons.

Ce mouvement de gilet serait « anti politique » ? Curieux, les précédents présidents, pourtant tous politicards aguerris, sont passés entre les mailles du gilet. L’enfant Macron en fait est justement en train de découvrir la politique… Et puis faisons-en un peu de la politique 2 secondes. Si le p’tit nerveux se casse, on met qui ?............ Ouais t’as vu, pas simple… Un collectif de gilets jaunes ? Non sans déconner…   

gilet jaune

Je vais retourner dare dare vers le vieux monde moi. Adhérer à un syndicat tiens. Un truc avec une colonne vertébrale, une famille de pensée, des gens habillés de toutes les couleurs mais des idées bien identifiées et qui me plaisent. Ouais je vais faire ça. Et puis, militer, ouais, il va peut-être bien falloir militer, au cœur de l’hiver qui s’annonce, quand des uns et des autres enlèveront leur gilet.