Le titre coulait de source. De cette source s’échappait un ruisseau. Le ruisseau, très vite contrarié  par quelques blocs de pierre, se divisait en de multiples ruisselets. L’un d’eux, petit filet solitaire, voulait remonter le courant, remonter le temps. Il rêvait  un jour de reconstituer le puzzle.

Couler dans le lit autour de ce mot.

Je n’ai jamais couru après les puzzles. Assembler pendant des heures des bouts de carton. « Fallait-il vraiment n’avoir rien à foutre ! ». J’avais toujours, je voulais toujours, je souhaitais toujours, avoir « quelque chose à foutre ». Mais aujourd’hui, un puzzle…, ma foi. Recoller les morceaux pour former un tout… Pas si mal… ! fou-de-puzzle-small

« Il faut commencer par les bords… ». On ne se mouille pas au bord. Des spectateurs sur les gradins d’un stade. Sur la pelouse des idoles s’étripent. Le bord du cratère, à l’écart de la lave bouillonnante en fusion.

Au centre, c’est l’enfer, des pièces de loin toutes pareilles mais aucune identique, au milieu des vagues, ou d’un ciel moutonneux. Honte à toi l’impatient qui voudrait tricher en forçant sur le carton. La sanction finira par tomber, quitte à attendre le dernier morceau, qui ne rentrera pas. Oui, chacun doit rester bien à sa place, et surtout, tout le monde doit l’avoir sa place. Tu ne pourras faire l’impasse sur aucune pièce, sinon…

Sinon le trou restera béant, il te hantera. Tu seras bien en peine de mettre le puzzle sous verre pour l’accrocher dans le salon, qu’il soit « Ikea », « Ligne Roset » ou « Cuir Center ».Une seule pièce manquante, et il ne vaudra rien. C’est drôle… 502944-iStock-492597439

A quoi bon exposer un puzzle terminé d’ailleurs. Pour qu’il jaunisse au dessus du « Château d’Ax » ? Le démolir pour le refaire ? Quel intérêt ? Le mieux est sans conteste d’en commencer un autre, puis un autre, puis un autre. Illusion de croire que tout s’arrêterait au premier. Repartir pour gouter à nouveau à la jouissance du dernier morceau déposé. Et là, en place de la forêt, de la mer, la montagne, le champ de fleurs, la rivière, même une décharge à ciel ouvert serait belle une fois terminée.

Allez, en ces temps badins, tout emprunt d’affection et de galanterie, me voilà plus tenté par un puzzle tellement plus simple. Juste deux morceaux. L’artiste aurait beau multiplier les creux et les bosses les plus torturés, biscornus. Rien n’y ferait. Leur juxtaposition reste d’une simplicité désarmante. Les bosses si rondes de naïveté côtoient négligemment les arrêtes les plus vives. Ce puzzle- là ne se démontra pas. heart-1721592_960_720