Je traine pas mal dans les hôtels. En fait non. Il y a bien des hôtels où l’on traine. Ce serait les pires, ou alors les meilleurs. Pour moi, ni l’un ni l’autre. Je ne vais que dans les hôtels où l’on ne traine pas. Près de la sortie d’autoroute, ou juste après, à côté du nouveau grand centre commercial. Les hôtels de « chaines ». Y aurait à dire, à écrire, mais bon, faudrait y trainer. On n’y traine pas. Mais tout de même on y déjeune. (Vous avez vu la concentration de « y », ça c’est le retour en Savoie, ça y fait !)  Concentrons-nous ce jour sur le petit déjeuner.

Le slogan d’une de mes chaines préférées ? « Le petit déjeuner comme chez vous ». En fait le slogan est sorti à l’époque pour illustrer une véritable révolution dans l’univers de la confiture. Au lieu de nous la présenter en petits sachets alu qu’il nous en fallait trois pour une tartine et qu’on s’en foutait plein les doigts, la confiture serait désormais présentée en pot, « comme chez nous », avec une cuillère à confiture et son petit recourbé sur le manche pour qu’elle ne tombe pas dans la … confiture ! Bien, ça suit.  buffet-petit-dejeuner

En fait « chez nous », il n’y a jamais eu de cuillère à confiture et le père gueulait quand on remettait la cuillère qu’on avait léchée..., dans la confiture. Bah, ça nous a fait des anticorps !

 Donc désormais, il suffit de se servir en mettant le précieux nectar dans un petit godet en plastique dans lequel on puise ensuite pour recouvrir sa tartine. Et vous, vous êtes passés à côté de cette révolution ?!!! Heureusement, je suis là !

Moi je dis bravo. Imaginer le casse-tête des industriels avec d’un côté des chaudrons énormes de confiture, et de l’autre côté ces minuscules sachets longitudinaux dans lesquels il fallait faire rentrer tout ça, j’en étais malade pour eux. Et puis, plus le contenant est petit, plus il reste du contenu dedans à la fin même en pressant sur le tube comme quand on a oublié déjà trois fois de racheter du dentifrice. C’est du gâchis. Bon je ne faisais pas comme avec les tubes de lait concentré de notre enfance jusqu’à les ouvrir au couteau pour continuer à lécher l’intérieur jusqu’au sang (eh ouais des fois on se coupait la langue).  20g-Stick-de-confiture-de-fraises_product

Non, les tubes de confiture, on s’en foutait, on pouvait les prendre par poignée, s’en mettre plein les poches. Même qu’après on finissait toujours par les balancer à la poubelle tellement c’était chiant à ouvrir.

C’est pas comme les mini pots, imitations des pots de nos grand-mères. Ceux-là, ils étaient hyper déco, vachement chouette, on pouvait même les ramener comme souvenir de voyage à la maison. C’était la grande classe après pour le p’tit déj du dimanche. Mais ils étaient plus dur à piquer, trop encombrants. Obligé de venir au p’tit déj avec sa grosse parka et ses immenses poches. Maintenant y’en a plus que dans les hôtels un peu plus classe. Et là, comme toi aussi tu veux avoir la classe, tu ne vas pas te mettre à piquer des pots de confiture…  0N_60043

Bref, « comme chez vous », on a le pot de confiture. Il faut être bien réveillé. Sinon pour y mettre dans le godet, t’en fous partout, c’est la honte, sur le formica hyper propre. En plus, quand tu passes au self de petit-déj à la queue leu leu, c’est ce qui te prend le plus de temps. Si tu sens que le mec derrière, il ne pense qu’à une seule chose dans sa vie à ce moment-là, c’est d’arriver à la hauteur du pot de café, t’as intérêt à être super zen. Et pas que ça benne dans le bac à omelette.

Oui, il y a toujours un bac « omelette » et un bac « lard ». Quelques rares spécimens en prennent. Peut-être font-ils vraiment comme chez eux.

Et puis, d’autres trucs. Là, ils sont pleins à en prendre. Des yaourts ? Allez tiens, un p’tit yaourt. Mais surtout la star de tous, c’est le jus d’orange. Même si je ne les regarde pas, je le sais. Au moment où ils mettent le gobelet plastique sous le robinet du jus d’orange à base de…, un peu d’orange, ils appuient sur le bouton, et ça fait : jijijijijijijiji !   b-and-b-ferrara-petit-dejeuner

Moi aussi avant j’en prenais du jus d’orange. Bon, je regardais le slogan qui me disait « comme chez vous » et moi chez moi…, je n’en prends jamais du jus d’orange. Oui mais justement, je ne suis pas chez moi, je suis à l’hôtel, y a du jus d’orange, alors j’en prends du jus d’orange. Purée dommage que je n’ai plus faim, sinon je me serais même fait péter le bide de yaourt, de compote, et même d’omelette recouverte de tranches de lard dégoulinant de confiture. On est à l’hôtel merde !  petit-dejeuner

J’en prenais. J’en prends plus. Un jour, je suis arrivé et je me suis dit : « t’en bois jamais du jus d’orange. Qu’est-ce que t’es là à prendre du jus d’orange ». Terminé le jus d’orange. C’est le même prix ! M’en fous, rien à foutre du jus d’orange, des yaourts, des toasts, du grille-pain et des tranches de lard.

Purée, mince, maintenant je déjeune vraiment « comme chez moi » ! Ils ont bien raison les autres. « Comme chez vous », « comme chez vous », ils en ont de bonnes. Justement, on n’est pas chez nous, alors faut en profiter, zut alors, se manger un p’tit yaourt, une p’tite omelette. Tiens des tranches de lard sur des toasts grillés. Eh, y aurait pas du gâteau au chocolat ?

Il y a tellement de quoi manger qu’on a même plus envie de mettre quoi que ce soit dans nos poches, c’est déprimant. L’opulence, arme fatale contre le vol. Ah si, faudrait que j’arrive à leur piquer une cuillère à confiture…