Donc, maintenant, je sais que vous êtes au point. Pour nommer une plante que vous croisez sur le chemin…

- Bon, là, déjà tu déconnes, on ne croise pas une plante, vu qu’à de très rares exceptions, une plante ne bouge pas !

Ok, tu vois une plante, là, ça va ? Et tu veux savoir comment elle s’appelle. Donc, elle a un genre. Restons dans les arbres, vu que les fleurs, j’y connais rien.

- Eh mec, les arbres ont des fleurs ! 

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 Ouais, bon, je sais. Bon, restons dans les arbres quand même, en hiver tiens, comme ça, pas de fleur, et toc, c’est toi qui va te les geler, na !

Tiens, allez, prenons les pins. Tous les pins sont regroupés dans le genre Pinus. Le genre, toujours écrit avec une majuscule, sinon ça fait mauvais…, genre (facile). Ensuite, on met un deuxième mot, tout en minuscule, une « épithète spécifique » donnant donc déjà une indication (géographique, morphologique ou autre), pour nommer l’espèce. Pour boucler l’affaire on place à la fin le diminutif du gars, enfin un diminutif du nom du gars, ouais pas un morceau du gars !, celui qu’à bosser sur l’affaire quoi. 

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Bon, tout en latin, pour que ce soit universel. Vachement universel pour un chinois, ou un japonais mais bon. Tu remarqueras que là, on a du bol. Tu vois pas que ce soit les chinois qui nous aient mis la pâté (pour chien, non là c’est méchant !) sur ce coup là. Obligés d’apprendre les noms des arbres en hiéroglyphes chinois, pas dans la merde…

 - Eh mec, l’écriture chinoise, c’est pas des hiéroglyphes, c’est des sinogrammes. En plus, c’est bien plus ancien que le latin. Y z ont pas dit leur dernier mot les « réveillés ». Faut p’têt déjà qu’on prépare nos pinceaux !

C’est quoi c’t'histoire de « réveillés » ?

- Ben ouais, Peyrefitte, il avait dit, « quand la Chine s’éveillera », ben là ils sont bien réveillés, déjà partis au boulot depuis un moment même !

Euh…, ça t’intéresse pas mes pins ? Bon OK, on qu’à en prendre un tiens : le pin sylvestre. Bien, ça nous donne Pinus sylvestris L. « Pinus », normal, c’est un pin quoi, « sylvestris », qui pousse dans les bois… Waouh, balaise les mecs, un arbre qui pousse dans les bois, ça renseigne vachement ça ! Et à la fin, « L. ».

Donc, « L. » est le mec qu’à bossé sur « l’affaire ». Des fois, ça peut être aussi le mec qu’à découvert l’espèce, si après coup, il a bien voulu bossé sur l’affaire. Ah ben attends, s’agit pas non plus seulement de t’amener avec tes petites plantouzes que t’a ramené de tes voyages autour du globe, et puis voilà, coucou c’est moi, c’est moi qui les aie trouvées, I’m the King, donnez leurs mon nom. Non !

Mais qui es-tu « L. »? Normalement, on a dit, le diminutif du nom du gars. Mais là, une seule lettre, « L. »… Tintintin !!! Un agent secret…, un pote à James Bond. Et ça se pourrait. Le James, avec son nom, y plaisantait pas non plus : « Bond, mon nom est Bond…, James Bond ! ».  Ouais, mais non.  Le seul, ouais le seul qu’a droit à cette particularité, notre fameux suédois, le grand maître, le grand, l’unique, l’illustre, j’ai nommé… Carl von Linné! Tintiiinn! Ben quoi, c'est tout c'que ça vous fait?79520410_o Ben moi Carl, je vais me le faire. Il nous en a tellement fait baver à l’école à vouloir nous faire retenir tous ces noms, tout ça parce que Monsieur voulait à tout prix donner un nom à toute chose. A nous deux Carl, ça va être ta fête !

Déjà, le pin sylvestre, pour un suédois, excuse-moi, t’as pas eu à aller le chercher bien loin ! Et puis, « sylvestris », attends, si c’est vraiment toi derrière ce sylvestris…, ouais, en même temps, question pins, en Suède, y a que du sylvestris. Ce qui fait que, quand même…, excuse-moi…, après..., t’as du voir que y avaient aussi pleins d’autres pins, qui poussaient aussi dans des bois. Mais alors les autres là, macache, y a fallut qu’ils s’appellent autrement. Franchement, tu t’es pas emmerdé Carl ! species-plantarumRemarque, c’est sûr, t’étais pas du genre à t’emmerder. Pour toi, les espèces étaient arrivés tel quel sur terre, tiens là, boum, Dieu avait déposé tout ça au début, et puis il nous avait laissé nous débrouiller tous seuls comme des grands. Et toi, t’arrives là, et c’est toi qui va donner le nom aux choses, une sorte d’adjoint du seigneur quoi !

Je ne vous dis pas, c’était une obsession chez lui, les végétaux, les animaux, jusqu’au minéraux. Heureusement que je l’ai pas croisé, sinon moi aussi j’y avais droit, allez, bing, homo quelque chose, tu m’aurais r’filé un nom vu qu’je ressemble à personne d’autre !

- Non mais lui, attends… ! Tu te prends pour qui, t’as bien une tête, deux bras, deux jambes, et entre les jambes…

Ouais ben ça va c’est bon, laisse tomber mon anatomie tu veux ?

Bon, je ne sais pas où était Freud pendant ce temps. Non, historiquement, il doit arriver après celui-là. Mais le Carl, il était fils de pasteur, et sa mère était fille de pasteur aussi. Tu ne peux pas complètement sortir indemne d’un truc pareil !

Bon, je vous rassure, aujourd’hui, on est sorti du « fixisme » de Carl. Ouais tu sais, « les choses ont toujours été comme ça, genre Adam et Eve ». Là, c’est Darwin qu’est passé par là, et d’autres. On a laissé complètement tombé tout ce que nous avait dit ce sacré Carl. Bon, on a quand même attendu qu’il casse sa pipe, car il était pas très commode de son vivant. Si t’étais pas d’accord avec lui, il te classait dans la catégorie des infréquentables ! C’est vrai qu’une fois mort, après c’est plus facile. Mais, on a gardé un truc de Carl, c’est la façon de nommer les choses : genre-espèce-diminutif de l’auteur. Sauf pour Carl. Lui, le grand maître a droit juste à la lettre « L. » ! Et tu regarderas, du « L », tu vas en voir pleins, il s’est défoulé le Carlito. Linne_etamine Parenthèse : le « L », y en a vachement plus en botanique que dans les magasins de fringues au moment des soldes ! (ouais, bof, allez si, on la garde…)

- Fais pas l’beau, t’es XL !

Tu m’gonfles OK ?

Sinon, franchement Sigmund, si t’avais pu te pointer avant, ça nous aurait bien arrangés. Ben ouais, parce que le Carl, dès le début, il fait une fixette, déjà avec son propre nom. Bon, il est suédois, et à cette époque là-bas, ils ne sont pas encore au point avec les noms de famille. Ils sont tous « son » de quelqu’un, enfin les mecs, (« sonia » les filles). Ericksson, fils d’Eric, Bergsson, fils de Berg, etc.…

Donc, si Erick a un fils, son nom de famille le fiston, ça va être Ericksson (portable comme non, hein ?), mais il a un prénom aussi, Lars par exemple. Puis, faut attendre un peu quand même, mais Lars un jour va avoir un fils. Et le fiston, son nom de famille, ça va être Larsson, capito ?

Non mais, ces histoires de langues, de pays tout ça, faut faire gaffe. Tu prends des fils dans une baraque avec leur père justement. Si t’es en France, et que le père y dit à un moment,  « Eric sonne à la porte », ça veut dire que y a Eric à la porte, et qu’il faut aller lui ouvrir. Mais si t’es en Suède, et que le père y dit « Eriksson à la porte », ça veut dire qu’il fout dehors son propre fils, tu vois, faut faire gaffe ! 737423455Bien, revenons à Carl…

Son grand père s’appelait Ingemar Bengtsson.

Son père, Nils Ingemarsson. Jusque là, tout va bien. Mais Nils veut rentrer à la fac et on lui demande un patronyme, un nom de famille qui bouge plus quoi. Il choisit Linnaeus, c’est SIMPLE, comme dit le môme de la pub Renault. Bon, alors, « Linn », en rapport avec le nom suédois du tilleul (lind), parce que y a un tilleul devant la baraque, et « aeus », parce qu’il était de bon ton de se latiniser. Tu m’étonnes qu’après ils aient eu l’idée de nommer toutes les plantouzes en latin.

Donc le Carl, enfin Karl, puisque c’était pour l’appeler comme le roi de l’époque qui s’appelait Karl, puis Carl, bon là on dit rien, au début, il s’est appelé Nilsson, normal. Ok, après, on latinise et on « patronomise » le fiston. Donc, on se retrouve avec un Carl Linnaeus. Ça suit ?

Le gamin, il rentre à la fac, et là, bing, on latinise aussi le prénom. Ça nous fait du Carolus Linnaeus. V’là ti pas qu’on l’anoblit. Résultat : Carl von Linnaeus ! Et, cerise sur le gâteau, à l’époque, y a eu une mode pour franciser son nom, on devait avoir la côte (c’en a un peu perdu !). Il en ressort un Carl von Linné. Ouf.

Donc, si on veut bien voir, ce mec à cause de qui on s’est pris la tête à l’école pour apprendre le nom du moindre brin d’herbe en latin parce que chaque chose devait avoir un nom que Monsieur avait choisi, ce mec là a passé son temps à changer de nom. Dis donc Carl, tu ne te serais pas foutu un peu de la gueule du monde ?

Bon, allez, paix à son âme. Surtout qu’il a du avoir quelques problèmes en arrivant là-haut avec St Pierre, vu qu’il était parti à classer aussi les hommes, et que dans son classement, entre les blancs (blanches) et les noirs (noires), c’était un peu comme en musique, si tu vois c’que j’veux dire.

Allez, c’était une autre époque, ça va aller Carl, circule… Ouais c’est ça, va voir Sigmund, il est là-bas. Ben non, pas toujours au même endroit, ça évolue, merde !

Regarde en bas Carl, les suivants ont mis tout ton boulot en l’air. Tout ton boulot, basé beaucoup sur la ressemblance, bon ben ça avait une certaine logique. Y a des jours, on te regretterait presque tu sais. Si un jour, y en a un qui découvre qu’on a comme une similitude avec les nénuphars question mitochondries calées dans les noyaux cellulaires, notre compte est bon, on va devenir cousins.

- Oh et pi toi, arrête de tout ranger, tu m’fatigues à la fin. Ça devient systématique chez toi !  9782330075354_jungle_page_2