Au bon vieux temps de l’atelier d’écriture, le « prof » nous disait : « pour écrire, allez sur des terrains que vous connaissez ». D’accord, ok. Mais là, en ce moment, « mes terrains », ce sont les autoroutes de France, les péages, les aires, stations d’essence, enfin vous voyez… Bon, c’est vrai, on peut finir par ressentir comme un « monde de l’autoroute », coupé du reste du monde justement, un petit cocon en dehors du temps. Malgré tout, « l’inspiration pour écrire » peut finir par sécher. Il faut quand même un peu « racler les fonds ». image-1Raclons-les. Aire d’autoroute à l’entrée de l’Auvergne. Ou à la fin selon d’où on vient. Détail qui peut avoir son importance. Un couple de retraités devant moi  à la caisse. Moi, un peu pressé. Pourtant ça prend des plombes… Merde… Eh là, stupeur ! Notre couple de septuagénaires s’enquille pour cent trente euros de fromages d’Auvergne… sur une aire d’autoroute… Hypothèses : ils ont adopté à donf le concept du « monde de l’autoroute ». Du coup ils n’en sortent jamais. Hum… peu crédible. Bon, on peut s’accorder sur le fait qu’ils n’arrivent pas en Auvergne mais qu’ils en repartent. Après les avis peuvent diverger. Ils ont bien visité l’Auvergne mais chaque fois que l’un voulait acheter du fromage, l’autre lui rétorquais : « ah non, ça va empester dans la voiture ! ». A force de reculer, reculer, ils sont acculés, dans vingt bornes, c’est plus l’Auvergne et ils ne leur reste que les fromages de l’aire d’autoroute. Ou bien, je me fais des films. En fait ils reviennent d’Espagne, ils ne font que passer. Eh là, juste avant de rentrer, alors que toute la famille qui les attend s’attend déjà à se retrouver avec du chorizo acheté sous plastique au Perthus, eh ben, encore perdu. Ils se partageront le St Nectaire et la fourme d’Ambert. 

Un-affineur-au-fromage_gallerieDu coup, au passage, je comprends quand même un truc. Je me disais jusqu’à maintenant que les aires d’autoroute qui mettent en rayon à tire l’Haricot des produits régionaux super chers, comme dirais quelqu’un qui m’est très chère : « C’est complètement con !!! ». Et ben donc en fait, pas du tout. Explication avancée : les gens qu’on des ronds sortent peut-être de mon champ de compréhension. Cha ch’est sûr !

Même aire d’autoroute ; moi je veux un sandwich. Rappelons au lecteur que je suis pressé. Là, je l’induis en erreur. Je ne suis jamais pressé. Donc, hypothèse : cette aire là, ne m’inspire pas. Bon, faisons un break délire. Si, bien sûr, l’air, je l’inspire bien comme tout le monde, et des airs qui m’inspirent ça ne manque pas. D’ailleurs y’en avait peut-être justement un à la radio dans la bagnole, que je suis en train de rater. Bon, on s’en fout. Sandwich donc, et fissa ! Saucisson sec. Je me retrouve dans la caisse avec mon sandwich au saucisson sec et aux… lentilles… ! Hum, je vois qu’on a à faire à des créateurs… Mais oui, bien sûr, suis-je bête. Ils « revisitent » le sandwich saucisson. Rappelez-vous, on entre, ou on sort !, d’Auvergne (on en sort pas !). Un coin où l’on a des chances de croiser un plat de saucisse-lentille. Saucisse-lentille… Et voilà, faisons régional, mettons des lentilles dans le sandwich au saucisson. Verdict ? Arrêtez de « revisiter » les mecs ! La prochaine fois, remettez-moi bien mon beurre et mes cornichons bordel ! 310524J’insiste : s’eut put marcher. Mais dans les faits, s’eut put pas du tout. Les lentilles, c’est un peu fade. Donc, depuis la nuit des temps, on sait qu’il faut un peu pimenter l’affaire : du sel, du poivre, de l’échalote, du persil, enfin des trucs quoi. Mais là le « revisiteur », il s’est dit, pas besoin, mon saucisson sec va donner du goût aux lentilles. Eh bien en vérité, je vous le dis : la lentille fade sans rien, même en présence de saucisson sec reste complément imperméable à tout transfert de goût de la part du saucisson sec. Hélas, dans l’autre sens, par contre, ça marche. Le goût fadasse des lentilles dénature  méchamment le goût du saucisson.

Résultat des courses : sortie à l’aire suivante avec dépose de l’œuvre revisitée derrière un buisson. Œuvre de bienfaisance pour les petits zozios auvergnats. A moins que je vienne de flinguer leurs habitudes alimentaires en leur faisant goûter au saucisson. Merde, je viens de flinguer tout l’écosystème du coin. Allez, remontons dans la bagnole et tirons-nous ! 280px-AutorouteA71CherLe beau ruban de l’asphalte sinuant à travers « les territoires » se chargerait au passage de leur atmosphère, leur nature, leur culture. Mouais…, mais alors bien emballé sous des couches de plastique alimentaire. Non, va falloir sérieusement renouveler le concept : « prochaine sortie, aire de la ferme du Kivaou ». Là au bout de 100 mètres de goudron, tu te retrouverais avec ta caisse les 4 pneus dans la boue d’un corps de ferme. Achat de fromage du coin à volonté, t’irais aider Raymond pour la traite et Germaine aurait installé 3-4 tables recouvertes de toiles cirées pour t’payer un p’tit café en te demandant si tu veux pas repartir avec 2-3 pots de confiture ?

Bon, alors…, les fonds de casserole, vous en pensez quoi ?

img_3573_coupee