Amis lecteur d’un jour, bonjour ! C’est pas toujours facile de gérer une crise d’écriture. Une idée me trotte depuis quelque temps dans la cervelle d'agneau mais je crains de me rendre ne serait-ce qu’au départ du sentier en bas de la montagne. Le truc en question tournerait autour de la démocratie, la liberté, tu vois le genre, tout ça sans filet, sans bac plus 10 en philosophie.

C’est que, par ces temps un peu troublés, j’ai quand même quelques potes qui m’interpellent. Oui, on ne serait plus en démocratie, aaaah que gilets jaunes, aaaah que violences policières, aaaah que Macron, tout ça tout ça, bref, la dictature quoi ! Et comment veux-tu qu’on avance avec tous ces moutons !

Je me dis, zut alors, j’ai raté un truc. Vite faut que je remette quand même un peu plus souvent la télé, la radio, faudrait quand même que je sois un peu au courant de ce qui se passe dans ce pays qui bèle de partout ! Et puis, idée saugrenue, faudrait que je me définisse, au moins pour moi tout seul, les notions de liberté et de démocratie.

Seulement voilà, sujet tellement vaste… Comment faire. Du coup je me suis dit qu’il fallait laisser mijoter, ou bien mettre au frigo, pour ne pas se retrouver avec un truc avarié qui moisirait gentiment…   rotik_ph_01

Vendredi (saint !), en rentrant de la poste, je passe devant le boucher, qui vend « au camion » une fois par semaine. Et là, à défaut du Christ, c’est vrai c’est pas son jour !, les poulets rôtis m’appellent. Il y a une queue de cochon mais bon…, j’attends mon heure. En attendant je regarde travailler le boucher. Il nous sort un gros morceau de barbaque. Il a un frigo lui aussi. Chapeau l’artiste ! Le couteau au tranchant de rasoir virevolte. Sus à la peau à laquelle s’est accolé du gras, sus aux entrelacs du même gras qui se sont infiltrés dans la bonne chair, sus aux nerfs aux viscères en tous genres, pour ne garder que l’essence même de la viande. Et je me dis, voilà la solution à tes problèmes. Trouver le bon couteau, prendre son temps pour l’affuter jusqu’au fil le plus fin, et se débarrasser de tout le flasque, le poisseux, le nerveux, les os saillants. Attendre de n’avoir que le tendre, le découper gentiment en cubes homogènes, les enveloppés dans le papier adéquat que l’on déroule prestement et qui se coupe au poil à la bonne longueur dans un geste rapide et sur.     epaule-d-agneau-avec-os-a-la-piece

Je pourrais en terminer là-dessus. Mais vous me diriez : « alors… ce poulet ? » Figurez-vous que c’était la veille du weekend de Pâques. Le bruit de la découpe du rouleau de papier rythmait l’attente. Les mains du boucher s’agitaient entre les épaules d’agneaux et les côtes de bœuf, le tout au milieu de guirlandes de saucisses et merguez. L’abaissement du stock de coquilles au saumon annonçait la surpêche des océans ou bien alors les antibiotiques des fermes piscicoles des fjords norvégiens. Bref, je ne faisais pas le malin. J’avais juste besoin d’un poulet rôti, je me sentais un peu gilet jaune.

Du coup, quand le joueur de couteau m’a servi son poulet fermier, peut-être même bio, peut-être local, peut-être nourri au grain sans OGM, avec un prix défiant toute concurrence, j’ai pas moufté. Je l’aurais même remercié le gars. Faites pas les malins les vieux avec vos gigots d’agneau, je prends juste un poulet, mais un poulet en or, je suis un seigneur moi. Je me suis vu remonter direct de trois places dans l’échelle social.    16831922-un-oiseau-en-colère-poulet-il-s-agit-d-un-poulet-domestique-thaïlandais-appelé-kai-jae-

Il était magnifique ce poulet. Et puis, si vous parler de la volaille dans sa totalité s’avérait trop vaste une fois de plus, je pourrais toujours affuter mon superbe opinel numéro sept, bien séparer les différents morceaux et ne traiter que de la cuisse, ou de l’aile, ou juste du petit croupion, sans trop me décarcasser.

Eh oui, vous m’avez compris : la liberté, la démocratie, la popularité de l’initiative d’un référendum, tout cela aura bien le temps de macérer encore un peu dans une saumure encore à trouver. Allez, c’était gentillet. Normalement personne ne devrait m’envoyer en taule, ni même me crucifier. Le poulet était très bon, merci !

PS : Je ne résiste pas, moi qui aime les synthèses... ! Le poulet fermier en serait une merveilleuse. C’est un poulet, et il est jaune !

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