En des temps certes plus anciens, mais tout de même pas préhistoriques, nous tronçonnions en jeans. Bon, pas des modèles un peu mode, plus jeans à bosser, et pas déjà découpés comme maintenant. Cela ne suffisait pas pour autant à arrêter dans son élan une chaîne de tronçonneuse avide de chair fraiche.

Après avoir donc été les précurseurs du jean découpé sous le genou, nous fûmes les premiers utilisateurs des pantalons anti coupure. En nous regardant arriver en forêt avec nos guiboles un peu gonflées, les anciens nous traitèrent de…disons…, divers mots grossiers réservés plus généralement aux homosexuels masculins. Pour avoir le droit au titre de « vrai homme », il fallait avoir le courage de continuer à prendre le risque de se couper une jambe. Le mot virilité a la même terminaison que débilité.   content-mood-ms661-video_rdax_90

 

Vachement phallique quand même comme truc !

Dieu merci les choses ont changé. Désormais, le port du pantalon anti coupure est obligatoire pour tout utilisateur de tronçonneuse. Le décret n° 2010-1603 du 17 décembre 2010 relatif aux règles d'hygiène et de sécurité sur les chantiers forestiers et sylvicoles dit que :

« Art. 717-82-1.-Indépendamment des équipements de protection individuelle énumérés à l'article R. 717-82, les travailleurs qui utilisent une scie à chaîne sont équipés : 
« ― d'un écran de protection ou de lunettes contre les projections ; 
« ― de protecteurs contre le bruit ; 
« ― d'un pantalon et de manchons de nature à prévenir les risques de coupure propres à ce type de matériel. 
« Les chaussures et les bottes devront, en outre, être choisies de façon à prévenir les risques de coupure propres à ce type de matériel.

- Oui… mais euh…, si c’est pas un chantier sylvicole ou forestier ?

+ Bon, moi, je ne suis pas avocat hein. De toute façon, sur une tronçonneuse il y a un autocollant bleu, avec un livre dessus, c’est un pictogramme d’obligation. Il te dit que lire la notice de la tronçonneuse est obligatoire. Et si tu la lis cette notice, elle te dira de mettre un pantalon anti coupure, CQFD.

- Oui mais … heu…, l’obligation, c’est de lire la notice, pas de mettre le pantalon…

+ Là tu m’embrouilles, et pire, tu m’énerves. On s’en fout de ton charabia juridique, l’essentiel, c’est de se protéger merde, non ?

Alors aujourd’hui, il y a 3 classes de vêtements anti coupure, 1, 2 et 3, du moins au plus épais, capables de stopper respectivement des chaines tournant à 20, 24 ou 28 mètres à la seconde.   62624e674e754f9f95284b3d588b6237

Dans la fiche 743 du Infos forêt n°1-2007, on trouve le paragraphe suivant :

« Depuis une dizaine d’années, le régime maximal des tronçonneuses a augmenté, passant de 11 à 12 000 tours /min à environ 14 000 tours/min. A l’heure actuelle, à plein régime, la vitesse linéaire de la chaîne peut atteindre 25 m/s et même les dépasser lorsque l’on utilise un pignon d’entraînement de 8 dents. Si vous travaillez avec ce type de machine, optez pour la classe 2 ou la classe 3. Sinon, optez pour la classe 1 qui est plus légère et plus facile à supporter en particulier par temps chaud. »  essence-tronconneuse-coupe-24-4-8cv-moteur-72-cc-greencut-22795359

Ça parait coulé dans le bon sens. Sauf que le décret précité se contente de dire de porter des pantalons anti coupure sans plus de précision. Donc, il suffit de porter des pantalons classe 1, et c’est bon.

Seulement voilà : dans nos sociétés hyper occidentalisées et hyper judiciarisées, ce genre de décret à papa juste pour dire qu’il faut se protéger, dans certaines entreprises dotées d’un service prévention, et aussi probablement d’un bon service juridique, ça ne suffit pas. Donc les voilà partis à calculer les vitesses de rotation des chaines de tronçonneuses. S’ils trouvent des résultats supérieurs à 20 mètres secondes, alors…

- soit ils commandent des pantalons plus épais.

- soit ils choisissent des tronçonneuses qui tournent à moins de 20 mètres secondes.

Vous arrivez à suivre ? Génial !

Chez Husqvarna, c’est simple les vitesses de rotation des chaînes figurent sur les notices techniques.

Chez Stihl…, rien. D’ailleurs chez Stihl, on signale que ce n’est pas la peine de s’arque bouter sur cette histoire de 20 mètres secondes, et de rappeler quelques bonnes vérités :

Aujourd'hui, la protection de Classe 1 (20m/s) offre suffisamment de sécurité contre les risques de coupure. Des organismes, tels que le KWF, nous rapportent que dans 84% des cas, la chaîne a touché le pantalon sans atteindre la jambe en offrant la protection souhaitée. Dans les 16% restant, la blessure n'a pu être évitée à cause de défauts d'utilisation comme par exemple : pantalon ayant tourné sur la jambe, des vêtements trop amples ou humides, etc. Notons cependant, qu'il n'existe aucune protection capable d'assurer une sécurité à 100 %.

Les vêtements de classe 2 (24m/s) ou 3 (28m/s) sont peu représentés, car leur conception génère des contraintes de poids et d'ergonomie. Ces derniers sont lourds et chauds, surtout l'été. D'ailleurs, il y a très peu de fabricant dans ce domaine.

En ce qui concerne les chaussures, la problématique est la même. Elles sont soumises à la norme EN 17249 et l'indice de vitesse minimale est : Classe 1. Les classes supérieures sont généralement appliquées sur les bottes en caoutchouc qui répondent plus facilement à ce critère. Ici aussi, les statistiques nous montrent qu'il n'est pas nécessaire d'opter pour des classes de protection supérieure à la Classe 1. Celle-ci remplissant très bien son rôle.

Bien évidement, il existe des tronçonneuses dont la vitesse de chaîne est supérieure à 20 m/s. Il faut remarquer qu'en phases d'accélération ou de décélération, ce qui correspond aux moments de moindre attention de l'opérateur, soit à un risque très élevé, cette vitesse n'est pas atteinte. De plus, la vitesse de chaîne n'est pas le seul facteur de risque de coupure. Lors des tests réalisés selon la norme EN 381 partie 2 et 5, les paramètres tels que l'angle de travail, la force d'appui, le type de chaîne, l'affûtage de chaîne, la technique de travail jouent un rôle plus important que la vitesse de chaîne elle-même.   

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Bon, donc pour les gens de Stihl, la « classe 1 » suffit, point barre. Moi je me dis : Stihl a surement un bon service juridique, donc s’ils avancent des trucs pareils, ils doivent être un peu sûrs de leur coup. Cette histoire finirait par être plus passionnante qu’elle n’en a l’air car chez Stihl, beaucoup de tronçonneuses tournent à plus de 20 mètres seconde, donc le petit texte de « com » rappelé ci-dessus se comprend mieux.

Il n’empêche. Nos fameuses entreprises hyper juridiques citées plus haut ne lâchent pas l’affaire. Donc la protection du vêtement doit pouvoir répondre à la tronçonneuse. Alors, on achète des vêtements de classe 2 ou 3 ? Hum…, les mecs ne mettent déjà pas les « classe 1 » actuelles, et puis, ça va coûter un bras (je n’ai pas dit « couper » !).   troncon2

Non, allez, on va plutôt prendre des tronçonneuses qui tournent moins vite. Ouh là…, Monsieur Stihl ne va pas être content. Mais là, ça devient surtout philosophique. Car Monsieur Stihl fabrique des tronçonneuses pour qu’avec ces tronçonneuses, on parvienne à faire ce qu’on a à faire. Un ingénieur sécurité lui va être tenté de se braquer sur ses 20 mètres secondes, et si la tronçonneuse ne coupe pas assez vite dans certains cas, ça n’a absolument aucune importance. Récurrent finalement cette histoire. Est-on plus en sécurité dans une BMW à 150km/h ou dans une 2CV à 60km/h ?

Là je sens qu’on bascule dans le sociologique. Nous réserve t-on dans l’avenir des outils capables de faire des choses ou des outils devant avant tout respecter des règlements qui bien souvent sont écrits par des gens qui n’utilisent pas ces outils ? Ouh là, ça m’emmène trop loin cette histoire de 20 mètres seconde. Eh… faut dire qu’à raison 20 mètres seconde, c’est à dire 72 km/heure, ça permet d’aller loin ! Et avec du 25m/s, t’es tout de suite à 90 ! Des coups à rouler en tronçonneuse… 19_1007_stihl_ms241_8275_rk

 

Allez, un deux trois, partez !