OK, entre la théorie de l’évolution, et Dieu qui aurait façonné Adam et Eve dans la glaise, on peut raisonnablement penser que les dés sont jetés. Aujourd’hui, j’ai envie de creuser un peu, dans la vase des étangs de Camargue, pour donner un coup de projecteur sur le flamant rose. Pourquoi le flamant rose ? Sans creuser trop profond dans la vase des étangs de Camargue, disons que nous avons tous autour de nous des proches qui cultivent une affection particulière pour certains objets ou animaux, comme les chats, les chevaux, les grenouilles, les hippocampes ou que sais-je, et que pour une personne qui m’est très chère, c’est…, les flamants roses. Après tout, je suis dans la catégorie blog « journal intime », alors… !

Les premiers êtres vivants apparus sur terre furent minuscules. La vie, ça ne pouvait démarrer qu’en tout petit. Fort de ce postulat, admettons que l’ancêtre du flamant rose était lui aussi de taille très modeste. Et de par sa nature première il adorait déjà barboter dans l’eau. Cela posa très rapidement quelques problèmes. A  minima d’avoir le ventre rapidement mouillé, ou pire, les étangs ou autres marais voyant leur niveau d’eau constamment fluctuer, être rapidement contraint de chopper un bout de roseau pour parvenir à respirer sous l’eau. b849b10a4a_31547_12617-phoenicopterus-roseus-bhigwan-maharashtra-india-four-8

Cette dernière option ne fut pas retenue à ce stade de l’évolution. Notre « pré flamant », obstiné à bouder les prés au sec, choisit l’option d’allonger ses pattes jusqu’à une hauteur raisonnable : une stratégie que nous appellerons « pilotis ». L’animal n’en restait pas moins obtus, à vouloir non seulement barboter dans la flotte, mais aussi aller dénicher sa nourriture sous la flotte, n’ayant que faire des moustiques aériens environnants. Fatalement, l’élongation de son cou devenait incontournable.

Mais les exigences de l’espèce ne s’arrêtèrent pas là. Il faut dire que les évolutions biologiques pré citées contribuèrent à cette silhouette longiligne pleine de grâce que nous lui connaissons encore aujourd’hui. Tel une belle femme gainée finement de bas, et chaussée de talons hauts d’aucune utilité pour arpenter les trottoirs enneigés en hiver, il était hors de question pour notre oiseau saumoné de se recouvrir d’un manteau d’hiver, qui par nécessaire mimétisme aurait pu s’avérer de couleur « marron vase des étangs de Camargue ». Tant que nous sommes dans les couleurs, j’accepte toutes les suggestions pour expliquer ce rose orangé, qui n’a, faut-il le préciser, aucun lien avec le fait d’avaler des saumons de Norvège qui d’ailleurs ne colorent pas non plus le pelage des ours. Bref… 10823c7731eaf7b4e5f84c744294d876

Et c’est ainsi que, bien avant l’ère du retraité occidental sorti des trente glorieuses guère déplumé, notre flamant choisit très rapidement la formule migratoire en hiver. Cette idée au demeurant géniale ne pouvait que lui faire pousser des ailes qu’il allait aussitôt mettre à profit pour se barrer au soleil dès que la bise fut venue.

Fin de l’histoire ? Le problème avec l’évolution, c’est qu’on n’en a jamais fini ma bonne dame. Car le monde des flamants est en pleine cogitation à l’heure actuelle. Le réchauffement climatique ambiant ne lui a pas échappé, et donc la possibilité de faire l’économie de tous ces transports aériens de plus en plus périlleux ne serait-ce qu’à cause de l’accroissement du transport aérien lui-même,  du à un autre animal qui n’en a cure du réchauffement climatique dont il est pourtant en grande partie responsable. Bref…

Outre le fait de pouvoir rester en Camargue en hiver, le réchauffement climatique pourrait avoir sur le flamant des répercussions encore totalement ignorées. La baisse des précipitations viendrait à se confirmer, et c’est le niveau d’eau des étangs de Camargue qui baisserait. La diminution de la longueur des pattes, et par conséquence, du cou, serait inéluctable. Les marais s’assécheraient, et c’est toute la conception du bec qui serait à revoir. Des modèles plus perforants seraient déjà à l’étude, en forme de pioche, de vrille et même de marteaux piqueurs. Ça cancanerait déjà sec autour des catalogues du côté des Saintes Maries de la mer. le-flamant-rose-74913_e2z

Certains, plus prévisionnistes, et ne s’enflammant pas outre mesure, sont déjà dans des projections plus lointaines. Ils assurent que l’avenir est désormais au Nord et qu’il serait temps qu’une peuplade d’humains au nord de la Belgique, usurpant leur nom depuis des siècles, assument désormais leurs responsabilités. Parmi les plus nationalistes des Flamands, puisque c’est bien d’eux dont il s’agit, certains n’hésitent plus à revendiquer tout ce qu’il leur tombe sous la main. Ils ne reculent plus pour crier haut et fort : les flamants aux Flamands !

L’avenir est donc plein d’incertitudes et assurément pas forcément rose. Ainsi il nous a été rapporté récemment que certaines colonies d’autruches ont fait le choix de garder définitivement la tête dans le sable. Mais les flamants ont manifestement encore les flans solides pour nous rassurer. Ils nous enchantent depuis si longtemps, tout ce temps passé pourtant, une bonne partie de leur temps, sur ces terres de gitans, … les pieds dans la merde !