Je me suis retrouvé l’autre jour dans la tête d’un peuplier. J’avais pas mal de choses en tête, et d’ailleurs j’en avais un peu plein la tête. J’aurais mis ma tête à couper que j’oubliais quelque chose. Au passage, ce pauvre peuplier, j’étais là pour lui couper la tête.

Là-dessus mon « populus » se mit à me parler en tête à tête : « ça va pas la tête, t’as pas la tête sur les épaules ! ». Je lui répondis : « j’avoue, je n’ai pas toute ma tête. D’ailleurs, je te signale que c’est bien pratique de ne plus avoir de tête, ça évite de se la prendre ».

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Cet entêté, fier de ses bourgeons fusiformes et collants me répondit que tout ce que je lui racontais n’avait ni queue ni tête, qu’à la hauteur où j’étais, je ferais mieux de ne pas avoir trop la tête en l’air, et que lui par contre, la tête dans les nuages, ça lui convenait très bien. Il ne goutait guère à l’idée, même si l’idée me passait par la tête, de se retrouver cul par-dessus tête.

Là je me suis demandé s’il ne se payait pas un peu ma tête. Tout de même, voilà que cet « écorce grise à lenticelles » me tenait tête. Je brulais d’envie de lui dire qu’il avait une tête à claque et que s’il continuait j’allais lui faire sa fête de la tête au pied, et que ça lui les ferait, les pieds justement.

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Ce « nigra » de mes deux persistait tout caduque qu’il était : « tu ferais mieux par moment de te creuser un peu la tête « Homo sapiens sapiens». Même si t’as pris l’habitude de faire la course en tête, tout laisse à penser qu’aujourd’hui t’as ta tête des mauvais jours, et pour tout te dire, t’as carrément la tête dans le cul. Tu serais mieux avisé d’avoir bien les pieds sur terre. Sache que ça ne t’empêchera pas d’avoir la tête dans les étoiles, et même si tu peux avoir la sensation furtive d’avoir la tête vide, elle sera quand même suffisamment bien remplie.

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C’était un peu à se cogner la tête contre le rhytidome.  Néanmoins je finissais par craindre qu’il me fasse une tête au carré avant de me faire descendre mains sur la tête (ce qui au passage aurait été  très déloyal !). Je me laissais donc glisser en effleurant quelques feuilles en losange, laissant ce grand échalas élancé se balancer doucement dans le vent, ne le délaissant que de quelques bois morts qu’il nous aurait involontairement laissé tomber sur la tête, terminant mon office de quelques suppressions de branches basses dans lesquelles par distraction nous aurions pu nous cogner la tête lors de promenades insouciantes.

 PS: merci aux sites à qui j'ai piqué des photos sans demander. J'espère qu'ils ne vont pas m'en mettre plein la tête !