Bon, supposons que tu te retrouves avec un bout de forêt hérité de ton grand père. Deux solutions s'offrent à toi: un, cette forêt est ce qu'elle est, elle s'est faite un peu toute seule, à quoi bon allez mettre son grain de serpe là-dedans à part pour ramasser les mûres ou les framboises, et couper trois bûches de temps en temps pour ta cheminée. Tu serais donc un conservateur, peu convaincu par les grands élans progressistes. Cela coïncide d'ailleurs pas mal avec le profil de bon nombre de propriétaires forestiers. Parralèle "politique" avec un candidat à la présidentielle ? Tu n'en trouveras aucun sur cette ligne là. La présidentielle en France, c'est pour faire rêver. Le gars qui dirait, "oh ben ça va bien comme ça", chances d'être élu, nulles. Donc il se doit de dire, "il va falloir améliorer les choses". traitements9 Revenons à ta forêt. Donc, te voilà dans la démarche de vouloir l'améliorer. Tu vas te retrouver à jouer les sylviculteurs. En sylviculture, il faut faire des choix par rapport à une situation donnée, choix qui ne sont jamais les mêmes, il faut adapter au cas par cas. Mais bon, pour poursuivre mon histoire de parralèle politique, amusons-nous quand même un peu avec différentes stratégies forestières. 

Première famille de choix: se servir du "matériau" en place, travailler au profit des arbres présents. Sur ta parcelle, tu vas trouver des arbres à l'étage "supérieur", et un "sous étage". Le sous étage n'a pas vocation à devenir dominant, mais son rôle est néamoins nécessaire car il est "accompagnant", garant de biodiversité, et ses interactions avec l'étage supérieur est nécessaire à un bon équilibre dans une bonne répartition des rôles; à méditer. Supprimer le sous étage pour "faire propre" est une tentation, pour y voir clair, pour pénétrer facilement, pour se concentrer sur des problèmes qui ne concernent que les "élites" sans trop s'emmerder avec le bas-peuple, et ses préoccpations à la con de "démocratie". Mais, dans la nature, si l'on se soucie de l'équilibre, il faut préserver le sous étage; ok, compris les mecs ?    

Switzerland-spring-nature-forest-scenery_1920x1080Ceci dit, s'il y a de la coupe "d'amélioration" à faire, ça va se passer surtout à l'étage supérieur. Là, encore deux catégories d'arbres: les dominants et les dominés, ou alors sub dominants. Encore deux choix possibles.

Choix n° 1: favoriser les dominants que l'on juge en nombre et qualité suffisants pour constituer à terme l'avenir de la forêt. Dans ce cas, on leur fait un peu de place en coupant quelques dominés trop proches, c'est "l'éclaircie par le bas". Deux dangers: un, flinguer un peu trop de dominés, car les dominants trop isolés pourraient perdre en stabilité, deux, ne pas avoir de stratégie de rechange s'il s'avérait que les espoirs mis dans les dominants aient été trop optimistes. Tout cela aurait bien un petit goût de politique libérale de droite, non ?  IMG_6102

Choix n°2: on juge que les dominants ne sont pas assez nombreux, qu'ils prennent trop de place (on les appelle les "loups") au point d'empêcher un belle population de dominés de s'épanouïr. Dans ce cas, on coupe surtout des dominants, c'est "l'éclaircie par le haut". Il faut un bon bûcheron, car pour faire tomber des dominants sans abîmer les dominés, c'est pas simple. Hum, ça sent un peu la social démocratie. cpe4Deuxième famille de choix: là, tu considères que ta forêt est nulle à chier. Il vaut mieux recommencer à zéro. Là encore, deux choix possibles:

Choix n°1: se servir quand même des arbres en place, quelques uns seulement, pour en faire des semanciers, que l'on viendra abattre après, une fois que leurs petites graines auront bien ensemencer la parcelle. On repart avec une génération nouvelle, jeune, tout en conservant une certaine continuité génétique qui serait le fruit de l'oeuvre du temps. Ce côté un peu "faire du neuf avec du vieux", ça a un petit goût de Macron.    traitements10Choix n°2: le bois qui est sur la parcelle ne te convient plus du tout. Allez hop, coupe rase et replantation avec des arbres de ton choix. Solution très inerventionniste, très années 50, et très coûteuse. Avantage: tout il est nouveau tout il est beau. Inconvénients: ces nouveaux arbres se plairont-ils, ne seront-ils pas attaqués par une maladie, en l'espèce financière, qu'en sera t-il de la biodiversité, en l'occurence des idées. Dans ce cas de figure, je partirais plus vers du Mélenchon, mais Miss Le Pen se retrouverait bien aussi dans cette catégorie, sans vouloir offenser Jean Luc bien sûr, c'est bien trop dangereux !

PinsSynthèse ? Un bon sylviculteur commence toujours par examiner ce qu'il a sous la main pour voir ce qui marche ou pas. Deux, il puise toujours dans l'expérience passée dans laquelle il trouve pas mal de réponses. Attention donc à l'amnésie quant à des situations historiques antérieures, même relookées au goût du jour. Alors ? Instructif ou pas ?   

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