Arabes (je ne mets pas de photo na, c’est que pour les plus motivés !)

Moi qui voulait plonger (ouais c'est p'têt bien ce qui va m'arriver !!!) sur la thématique, d'où, ouh lou lou, plutôt le thème à tique des « arabes », nous revoilà en plein dedans. « Facebook » se déchire cet été sur le burkini, surtout pas déchiré lui, tu vois pas l’travail ! Tiens le correcteur Google ne connait pas le burkini, comment ça, mais c’est un scandale, mais comment…, ils ignorent les cultures non occidentales, c’est de l'impérialisme !

Bon allez, on commence dans l’ordre. Premier débat, les arabes, les musulmans, ça se confond, c’est pas pareil, bon faut trier. Version intello, c’est simple. « Les arabes », terme lié à une origine géographique, ok, on est d’accord ? Ouf… « Les musulmans », là on parle d’une religion, qui s’est développée en dehors de son foyer d’origine, qui se trouvait dans le monde…arabe, et répandue largement par les conquêtes…arabes ! Bon soyons rigoureux, après tout, pour la « chrétienté », c’est un peu le même schéma, quoique le lien pour « nous » entre religion et peuple se soit un peu dissipé, Dieu soit loué !

Ouais mais ça c’est les intellos, bien gentil, mais si aujourd’hui tout le monde est sans dessus dessous, et si les réflexes grégaires remontent, c’est peut-être aussi que personne ne veut vraiment mettre la main dans le caca, surtout pas eux. Pour le frenchy aujourd’hui pas trop intello justement, musulman, arabe, tout ça c’est du pareil au même, pas la peine de nous embrouiller l’esprit !! Ok, plongeons sans burkini (j’déconne… !!!) dans les eaux troubles, faudrait quand même qu’on en sorte de ce bordel, enfin… littérairement parlant je parle, purée faut faire gaffe…

Première expérience, je me dirige vers un français, de race… ah non merde, de type ? ouais ça va type ?, européen. « Euh…, t’es catholique ? ». Le mec va me répondre : « Ouais enfin, j’ai été baptisé mais bon… » (ça vous parle bien hein !!), ou alors plus sophistiqué, « oui mais non pratiquant », ou « non je suis protestant », ou « non je suis orthodoxe », ou « non moi je suis athée », ou « non moi je suis agnostique », ouais toi tu fais ton malin bon ça va pour cette fois, ou alors « non moi je suis témoin de… », oui bon ben ça va, on va pas y passer la nuit, on a compris, y a tout un tas de trucs différents, y en a tellement qu’à l’arrivée c’est pas la peine de se prendre le chou avec ça, les bienfaits de la biodiversité en quelque sorte.

Deuxième expérience, tu vas voir un français, oui je situe l’action en France, sinon je ne vais pas m’en sortir, et puis je parle de ce que je connais, un français donc, d’origine arabe. « Euh…, t’es musulman ? ». Eh ben, ça va pas être la même, parce qu’il y en a un sacré paquet qui vont te répondre : « oui ». Et là, m’en voulez pas les mecs, mais c’est le début de la salade, grecque heureusement. Pour le pratiquant « standard », pas de problème. Je vais faire simple, peu connaisseur de la religion musulman que je suis : il va à la mosquée,  pas de porc, pas d’alcool, respect grosso modo d’un certain nombre de préceptes, genre ramadan, prières, et d’autres que j’ignore. Pour les autres, c’est vachement plus confus, surtout pour un cartésien d’occidental que je suis. L’islam, des courants divers, des obédiences diverses, pas de véritable clergé donc une représentativité complexe, des interprétations du coran diverses, bref de quoi être largué. A priori, chez les musulmans aussi, beaucoup de diversité, mais pas vraiment au moment de répondre à la question de savoir si «  t’es musulman ? », là on ressent comme une réponse de « bloc », c’est oui, et toi tu n’as pas à rentrer dans les subtilités, pour ne pas dire l’opacité, ya du « besoin d’identité » dans l’air.

Là, on va me dire oui mais nous les chrétiens, on a connu ça aussi durant des siècles plus anciens, on s’est aussi largement entretué, puissance dix même, donc les musulmans doivent faire aussi leur chemin. Ok, le hic, c’est qu’on ne vit pas dans des siècles différents, on est tous maintenant mélangés, d’ailleurs pas assez c’est sûr, gros problème, et va bien falloir vivre avec.

Devant nous, au carrefour, au moins trois chemins.

Chemin n°1, les gens qu’on de la culture ; ça lit, ça regarde l’histoire, ça cherche à comprendre, ça comprend, ça explique, ça tente de vulgariser, ça colloque, ça conférence. Y a peut-être un moment où il va falloir se dire que si ça marchait, ça se saurait. Faut aller sur facebook, au café, à l’usine, à l’école. J’vous assure, vous allez en revenir vachement plus déprimé qu’en sortant de votre émission de télé.

Chemin n°2, discours fort couru dans les endroits précités. Bon, c’est sûr, y a pas mal de variantes, mais l’idée générale qui se dégage est assez simple : les arabes, dehors ! Bon, j’déconne, c’est caricatural d’accord, c’est sûr, mais bon voilà, l’idée c’est qu’avec les arabes, on n’arrive pas à s’en sortir quoi…

Chemin n°3, tenté par des gens de bonne foi de tout bord, donc d‘une audibilité très faible à notre époque. Prendre les données actuelles de la chose, commencer par reconnaître que…, on est dans la merde, et bosser à des solutions pragmatiques pour être sûr d’arriver à vivre ensemble comme il faut. Ok, l’histoire est l’histoire, racine de ce que nous vivons aujourd’hui. Le blème, c’est que là ça sent l’urgence. Alors on laisse 2 minutes aux historiens, les croisades, le colonialisme, la guerre d’Algérie, Charles Martel si vous voulez, seulement après on bosse sérieux, parce que pendant qu’on boit le café, ou le thé à la menthe dans nos canapés moelleux, dans la rue pendant ce temps, on a deux blocs qui sont près à tout moment à se foutre sur la gueule.

Information importante à vous communiquer, je suis père adoptif de trois enfants, nés en France, donc, français on est bien d’accord, d’origine arabe. Réaction, comme par exemple devant un attentat tel que Nice : « Tout de suite, les gens, ils disent quoi, ils disent que c’est un arabe ». Donc, eux, tout de suite justement puisqu’on est beaucoup dans le « tout de suite » à notre époque, ils zappent que leur première réaction n’est pas d’être horrifiés, et de condamner. Leur première réaction, c’est de sortir le bouclier, et de dire, « c’est pas parce qu’on est arabe que… ». Ce en quoi bien sûr ils ont raison, sauf qu’au passage, ils ne voient pas qu’ils en oublient en passant de condamner, instructif non ?

Alors OK, les institutionnels musulmans font bien leur boulot de condamner, mais les mômes dans la rue ont d’abord le réflexe de se protéger contre toute réaction raciste qu’il suspecte de voir arriver. On se retrouve donc avec des représentants, gouvernementaux, catholiques, musulmans, intellectuels, qui font bien leur job, pas d’amalgame tout ça, l’islam c’est pas ça, mais dans la rue, ça ne se passe pas comme ça. Dans la rue c’est, chez les uns, « ouais tout ce que je vois moi, c’est que les mecs qui font des attentats c’est toujours des arabes », et chez les autres, « ça y est ils vont encore dire que c’est les arabes ». Entre la télé et dans la rue, le grand écart. Choisir un camp, et boum dans ta gueule, d’un côté comme de l’autre facile. Si tu veux rester au milieu du gué, tu frises l’écartèlement.

Alors comment je fais moi, au quotidien ? D’abord, je fais le job : aux anti-arabes, je fais ma petite digue d’arguments antiraciste, oui mais les croisés ceci, la guerre d’Algérie cela, le colonialisme, le capitalisme (bien planqué celui-là l’enfoiré dans les débats), la vie dans les cités, le chômage ceci, la pauvreté cela. A mes gosses, ou à d’autres, quand encore ils veulent bien en parler dans un esprit de bonne foi, ben purée la foi quelle galère…, je leur dis de ne pas tout mélanger, les terroristes, les salafistes, les réfugiés, les musulmans, les arabes, etc. …, bon j’explique, je fais l’intello. Et alors ? Eh ben dans les deux camps, ça ne passe pas. Résultat, je passe mon temps à faire l’avocat du diable, (i manquait plus que lui), je dois contrer, contrer, c’est moi qui suis toujours sur la défensive à me faire bouffer, pendant que mes interlocuteurs, peinards, sont dans l’énergie, avec du pain blanc plein les mains pour argumenter tellement y a de cons dans le camp d’en face.

Alors ? Alors quoi ? Je vois que j’ai foutrement raison et que la raison, tout le monde s’en tamponne le coquillard, et ya des jours j’ai envie de dire, vous voulez tous vous mettre sur la gueule, et ben allez-y, moi j’en ai marre de faire le job, et surtout ne venez pas me chercher après.

Avant de fermer définitivement ma gueule, je vais l’ouvrir encore deux minutes pour dire quoi. Aux premiers, qui se reconnaitront, de leur dire que quand tu commences à dire, « je ne suis pas raciste moi », c’est mal barré parce que quand on n’est pas raciste, on n’a même pas besoin de le verbaliser, c’est un truc qui tombe sous le sens. Que quand vous parlez des réfugiés, et qu’y a p’têt des terroristes dedans comme les noisettes dans le chocolat et qu’y sont logés aux frais de la princesse, à cet instant les milliers de morts qui tapissent le fond de la méditerranée ne pèsent pas lourd dans vos esprits, et ce ne sera pas la peine de pleurer au prochain journal télévisé. Si pour toi, un arabe a plus de chance de devenir délinquant, « ya qu’à voir »…,  et ben t’es bien raciste et pi c’est tout. Et tous ces « enfoirés qui profites des avantages sociaux et passent leur vie à rien foutre », un, va déjà faire un stage dans un service social, histoire de voir un peu la galère, et, deux, si ça a l’air aussi sympa, alors va vivre leur vie à ces gens-là, tu verras on s’éclate… Je voudrais encore vous rappeler qu’on continue de sucer allègrement le tiers-monde par multi multinationales interposées et qu’il faudrait arrêter de croire que ça ne va pas nous retomber de plus en plus sur la gueule.

Aux autres, que ouais l’islam doit faire encore son chemin tout ça machin peut-être, mais c’est comme ça, on est en 2016, on n’a plus le temps, faudrait se dépêcher pour remettre de l’ordre dans la maison. Ailleurs on y arrive pas, ailleurs c’est difficile, ailleurs c’est la guerre, eh ben on n’a qu’à le faire ici en France, un islam de France, sans tout ce fric qui vient d’ailleurs et qui vous pervertit, avec des arabes qui pourraient être musulmans, ou pas si ça leur plaît pas, pourquoi pas agnostiques tiens c’est pas mal agnostique, et qu’ici on vit suivant les préceptes de la République et ce n’est pas la religion qui fait la loi. Et n’importe lequel d’entre vous, je ne le vois pas d’abord comme arabe, ou musulman, mais comme un homme, ou une femme, qui sont ici l’égal de l’homme au passage, franchement je voudrais voir des burkinis masculins, et je dois me battre tous les jours pour toi, oui toi qui aime bien foutre de l’huile sur le feu, pour que tu ne sois pas affublé d’arabe, ou de musulman, mais de gros con tout simplement. Ok l’air ambiant n’est pas terrible mais si y a bien un endroit sur terre où on serait capable de se mettre autour d’une table pour renverser le rapport de force au profit des gens de bonne volonté, notre putain de pays n’est pas le plus mal placé.

De toute façon, foutez-vous bien tous dans le crane qu’on n’a pas le choix, les musulmans de France, c’est à la louche 5 millions de personnes, alors on se calme question charters !

Quant à l’histoire, et après j’arrête…, c’est sympa l’histoire, ça permet de comprendre pleins de choses, ça rend intelligent, comme de lire des livres, c’est quand qu’on met Facebook à la mer et qu’on se remet à lire des livres (j’vous rassure, j’suis pas sérieux mais ça défoule…).  On y apprend, dans les livres d’histoire que l’homme passe son temps à avoir envie de se foutre sur la gueule, toutes origines confondues, enfin au moins pour les deux « camps » concernés, avec nous les « blancs », classés hors concours, alors l’histoire…, on devrait peut-être la laisser se reposer un peu.   

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