Ça n’engage que moi… Aujourd’hui je m’attaque aux cyprès, thuyas, chamaecyparis et consort. Aucun attachement affectif, du à l’enfance, ou à autre chose, ce groupe de conifères m’a toujours laissé un peu froid, en plus, manque de motivation sans doute, j’ai mis du temps à m’y retrouver question reconnaissance.

Je ne les ai pas rencontrés à l’école forestière, ils n’ont guère intéressé les reboiseurs, et dans les parcs, ils ont souvent été supplantés par des stars, séquoias en tête, même chez les particuliers, ils doivent crever de jalousie devant le succès des cèdres.

Ils sont pourtant des stars à leur façon, les stars de la haie de conifères, compacte, rapide, succès phénoménal des années 60, 70, 80, 90, 2000, etc. L’affaire se calme un peu, ils sont tellement décriés aujourd’hui, synonymes de lotissement, de coupure, séparation, chacun chez soi, tellement en symbiose avec l’individualisme ambiant.

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Haie du Thuya géant

En tant qu’élagueur, je n’ai eu que trop peu l’occasion de les escalader dans leur forme naturelle, mais alors quelle source de revenus non négligeable pour les tailles de haies, surtout quand devenus de véritables remparts végétaux, ils n’intéressaient plus les « paysagistes ». Ça tombait bien, pour l’époque de taille, on parlait des mois en « A », août et avril, deux mois de « mouvement de sève », ou en théorie, on n’a pas grand-chose à faire dans les arbres. Bon, on va peut-être arrêter avec l’intro…

Je ne suis pas là pour remplacer les bouquins, il fallait faire des choix, et subjectifs de préférence, c’est qu’il y en a un paquet, mais trois essences se détachent inexorablement.

Qui ne connait pas le thuya, la star suprême de la haie résineuse. En fait, le premier thuya à avoir débarquée en France, en Europe même, fut le thuya du canada, découvert par le navigateur Jacques Cartier dans l’embouchure du St Laurent, et qui le ramène à François Ier en 1534. Cocorico ! Vaut mieux se le permettre, par la suite les anglo-saxons vont nous mettre une telle pâtée, y aurait matière à écrire sur le sujet.

Mais revenons à nos thuyas, le « canadien » n’a pas un succès retentissant par rapport à notre chouchou, le thuya géant (Thuya plicata), ramené en Europe, lui par William Lobb en 1853. Lobb mériterait un article entier à lui tout seul, pas vraiment botaniste, mais embauché par un grand pépiniériste anglais pour « ramener de la graine », sacrément fort en « reco » tout de même ! J’avoue que faire un job pareil m’aurait pas déplu, même si les esprits chagrins diront que c’était le « bon temps du colonialisme », autre beau petit sujet d’écriture, bref !

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Rameau de Thuya géant

Alors le thuya, fastoche, les aiguilles, enfin les écailles, bien aplaties, la disposition des rameaux sur une branche, aplatie aussi, bien alterne, bien vert sur le dessus, et surtout le « cône », pas du tout comme un cyprès, mais allongé, on fera un topo sur les flèches des arbres à la fin. Numéro 1 de la haie résineuse, pour moi, place méritée, le plus adapté à des tailles répétées, toujours bien palissé, peu de risque de faire des « trous » si la taille est bien suivie. Alors évidemment, trop utilisé, ça finit par faire monoculture, d’où des emmerdes sanitaires, on parle beaucoup aujourd’hui du bupreste.

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Fruit du Thuya géant

Autre star, légèrement moins connue, le cyprès de Lawson. Charles Lawson, botaniste et horticulteur l’introduit en Europe en 1854, précision, Lawson est écossais, entre les écossais et la botanique, vraiment y a un truc ! A priori c’est pas lui qui l’a fait voyagé, il semblerait qu’il parte ensuite vivre au Canada, où il deviendra un personnage assez connu dans le monde de la botanique, à cette époque la botanique, c’est pas de la crotte, y a de quoi se faire un nom, ça en a un peu perdu, pourtant je pense qu’il doit y avoir dans la nature, normal, de supers botanistes, bref !

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Rameau de Cyprès de Lawson

Oui alors, le cyprès de Lawson n’est pas un cyprès, mais un chamaecyparis. Là, succès garanti en société, on va vous dire, un « chamaquoi », du coup vous allez pouvoir sortir votre science ! Les botanistes, enfin ceux qui s’occupent de classification, se prennent pas mal le chou avec les cyprès, au point de vouloir créer de nouveaux genres pour arriver à trouver une case pour chacun. Nous, on est là pour faire simple, les chamaecyparis ont en commun avec les thuyas, cette disposition aplatie, alterne, contrairement aux cyprès qui sont tous « spiralés ». Pour ne pas se planter avec le thuya, le « cyprès » de Lawson a des écailles plus petites, un feuillage qui tire plus vers le vert-bleuté, et surtout de petits cônes arrondis appelés strobiles, toujours moins d’un centimètre de diamètre, contrairement aux vrais cyprès, tous avec des cônes plus gros.

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Fruit de Cyprès de Lawson

Pour le tailleur de haie, je dirais, comme « plus », un « mur » un peu plus aéré, moins étouffant que le thuya, comme « moins », moins adapté pour un beau palissage, plus de risque de se retrouver avec des trous dans la voilure.

Pour le final, dernière star, le cyprès de Leyland, « Cupressocyparis x leylandii », à vos souhait. Le « x » est là pour vous dire que c’est un croisement, en l’occurrence naturel, ouf, repéré en Angleterre par Monsieur Leyland en 1888, entre le cyprès de Lambert, et le cyprès de Nootka, ouh là flute, ça m’en fait deux autres encore d’un coup à bosser. Restons deux secondes sur Monsieur, ou plutôt Mister Leyland. Bon, le croisement s’avère bénéfique, question rapidité de croissance, le « Leyland », y pulse, genre un mètre par an, dans les manuels de plantation, ils disent d’écarter un peu à la plantation des haies. Là, une belle anecdote : Leyland en plante un chez lui, en limite de propriété. Résultat, vingt ans de procès avec son voisin ; je ne me rappelle plus comment l’histoire finit, mais par contre on sait que le père Leyland a anticipé. Du coup, au cas où ça se terminerait par un abattage, il a pris soin d’en planter un autre juste derrière, un peu en retrait à l’intérieur de sa propriété, sacré chieur le Leyland, surtout que là, en l’occurrence, je donnerais facilement raison au voisin, un cyprès de Leyland, en permanence devant  la tronche, y a de quoi craquer !

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Haie de Cyprès de Leyland

Croisement naturel certes, mais derrière, devant un tel succès, beaucoup de variétés, dont pas mal de stériles, donc pour trouver les cônes, la plupart du temps c’est macache. Pas d’inquiétude car sinon, c’est un vrai cyprès lui, donc une ramification des rameaux en trois D, et des écailles arrondies comme tous les cyprès (bon certains sont quadrangulaires, je sors ma science, mais en tout cas, jamais aplatis). Eh ben si, parce qu’il y en a un qui fout la merde, c’est souvent en botanique, et comme le botaniste blanc aime les belles classifications, il est contrarié. Et le vilain, c’est justement un des parents du cyprès de Leyland, le cyprès de Nootka, qui a des écailles aplatis, au point que certains veulent en faire un chamaecyparis, non mais tu rigoles, jamais de la vie, alors si c’est ça on fait un nouveau genre, ouais mais après y a ceux qui ne veulent pas que l’histoire se termine avec trop de genres, sinon ça fait trop de tiroirs, et trop de tiroirs, on le sais bien quand on range ses fringues, c’est pas bon non plus parce qu’après on pète un câble pour ouvrir le bon tiroir. Conclusion, dans tout bon colloque de botanistes qui se respecte, il devrait toujours y avoir une mère de famille nombreuse, ou, et, un représentant de chez Ikea.

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Plants de Cyprès de Leyland

Plus rien d’autre à dire sur le « Nootka », découvert sur l’ile du même nom au large de Vancouver par Menzies quelques décennies plus tôt. Par contre le « Lambert », désolé pour les bretons, je ne m’y attarde pas, (c’est celui des côtes de Bretagne), il est découvert en Californie en 1846, par un allemand (ça change un peu !), Karl Théodor Hartweg. Alors, Karl Théodor, lui, est né à Karlsruhe, dans une famille de jardinier. Il va faire un passage par le jardin des plantes à Paris, avant de filer droit chez les british, normal ils sont en pointe à l’époque, où il finit à la société d’horticulture à Londres. Il va être repéré comme pouvant faire un bon récupérateur de plantouzes, et le voilà « expédié, d’abord au Mexique, en Amérique du Sud, et pour finir en Californie, ce qui nous vaudra l’arrivée en Europe, du cyprès de Lambert donc, mais aussi du Séquoïa sempervirens, toujours classé arbre le plus haut du monde, quoique attention aux velléités de quelques eucalyptus australiens.

Bon pour les haies, franchement c’est galère, le bon palissage est vachement difficile à obtenir, les repousses sont trop rapides et vigoureuses, ou alors, il faut y être tous les quatre matins avec sa tailleuse, genre trois fois par an, sinon, ça se creuse et ça finit par faire dégueulasse.

Alors évidemment, c’est succin, y en a encore plein d’autres, sans compter que question cultivars, les pépiniéristes se sont éclatés, mais là, je vais vous faire une confidence, en tant que forestier de métier, les mille et uns cultivars de cyprès ou de thuyas pour les haies de conifères, j’en ai rien à cirer !

Plus intéressante est la reconnaissance possible entre les trois essences décrites ci-dessus en regardant la flèche des arbres, évidemment pour les haies, les flèches, vous pouvez vous les mettre dans le …thuya

Flèche du Thuya géant

chamaFlèche du Cyprès de Lawson

 

 

leylandFlèche du Cyprès de Leyland

 

On pourrait évoquer encore le bleuté Cyprès de l’Arizona, petit succès tout de même en port libre chez les particuliers, à l’époque où tout ce qui était bleu avait du succès, cèdre bleu, Picea pungens « koster »…

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Cyprès de l'Arizona

Et puis, maintenant que je suis en Provence, comment ne pas citer notre « sempervirens », le cyprès méditerranéen et sa forme columnaire. Bon, nos chers paysagistes ont réussi là-aussi le tour de force de nous faire des formes fastigiées. Aaahh le fastigié, mignon petit, jusqu’au jour où ça commence à dégueuler et que ça fait dégueulasse. Moyen, on s’en sort à la tailleuse sur perche, grand, on insiste, on fait les choux gras de l’élagueur, quel labeur. Allez, un peu de courage, foutez-moi ça en l’air, et repartez avec du naturel, le naturel, y a que ça de vrai !

t 064Le cyprès de provence sous toutes ses formes !

 

orbec_1Au fait, pourquoi on l'appelle le Thuya géant ?

 

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