Je suis de retour de l’Aveyron. Fait du hasard, cette région faisait cette semaine le bonheur de l’émission des racines et des ailes, me confortant dans le sentiment d’avoir découvert un petit coin de France vraiment magnifique. Aujourd’hui, il suffit de prendre un ticket d’autoroute pour parvenir jusqu’à ces plateaux si inaccessibles. Pourtant comment ne pas être scotché par ces travaux titanesques réalisés par l’homme qui nous conduisent en ces lieux devenus un temps coupés du monde. Certes, on pense d’abord au viaduc de Millau, mais c’est sans compter sur ces montagnes qu’il a fallut tailler, ces tunnels à creuser, cette descente spectaculaire sur Montpellier où il faut, même sur autoroute, réduire parfois sa vitesse jusqu’à 70 km/h, le tout à travers des paysages grandioses. Je peine à imaginer ces milliers d’heures de travail, avec des équipes composées de beaucoup de travailleurs venus d’ailleurs sans doute, pour affronter cette dureté du labeur que nous sommes si souvent bien content de déléguer.vlcsnap-2014-09-29-17h30m10s202

Le long de ce lacet d’asphalte, probable balafre dans le paysage, quand on ne roule pas dessus, l’activité économique s’en est surement retrouvée dopée, les petites zones d’activités sortent de terre comme des cèpes en terrain favorable. Pourtant, bien qu’avalant les kilomètres sur ce ruban on ne peut plus symbolique de l’influence de l’homme sur ce décor, les paysages les plus beaux sont ceux où il reste absent. Les causses, pelés, parsemés de genévriers peu volubiles, me donnent des envies très fortes de randonnées interminables, les forêts de conifères qui ont fait leur apparition dans l’après guerre, les montagnes, les falaises escarpées, l’attirance est très forte pour toute cette nature vierge de toute présence humaine.vlcsnap-2014-10-07-21h21m57s114

Ce relief a pu mettre un temps en péril tous ces départements du massif central, qui représentaient un cauchemar pour l’automobiliste contraint de les traverser. Pourtant nos prédécesseurs semblaient, bien au contraire, l’affectionner ce relief, au point de construire, des châteaux, des églises, des villages, sur les escarpements les plus improbables. Il fallait avant tout se protéger de l’ennemi d’ailleurs, il était sans doute bien plus réel en ce temps là.vlcsnap-2014-10-07-21h23m08s32

Ici les hommes ne sont donc plus autant coupés du monde, mais la coupure est encore bien présente dans les têtes. Pas de fascination pour la grande ville tout là-bas dans la plaine, aucune envie de venir nous aider à gonfler les bouchons du soir et du matin. Pêcher, chasser, aller aux cèpes, construire sa maison, faire du bois, et puis aussi, bien manger. Le pain était délicieux, la viande, à mettre en péril des tentations de régime végétarien, les marmites toujours abondantes, la charcuterie, le fromage, tout y est meilleur. Pourtant, je crois bien que le plat qui a eu encore le plus de succès, c’est la purée maison, hum, on arrivait plus à s’arrêter.vlcsnap-2014-10-07-21h24m22s37

Me voilà sur la route du retour, et la fameuse grande descente pour se remettre à niveau de la plaine languedocienne. Les possibilités de musique étaient nombreuses, je ne sais pas encore quoi choisir, Don Cherry, avec des morceaux pleins de fluidité et de rondeur pour accompagner ces multiples courbes, ou bien alors l’extravagance et la folie de Kim Crimson, on verra bien !

Raté, finalement c’est le « John Butler Trio » qui s’y colle, mélange de rythmes sautillants et de saturations sonores, drôle d’idée ce « Used to get high », pour une si grande descente…

aveyron

 

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