Mora

 

Nous étions en route pour Mora, petite bourgade de dix mille habitants, située dans le nord de la Suède, à bord d’une merveilleuse petite 204 Peugeot, achetée d’occasion par Franck, quelques semaines plus tôt. Le papa de Mickaël avait eu la même, plusieurs années auparavant. Les vitesses étaient au volant, il fallait les passer avec beaucoup de précautions, sinon ça craquait. Le papa de Mickaël les faisait souvent craquer, il n’avait jamais été très tendre avec les embrayages, mais Franck ne les faisait pas craquer, il conduisait super bien.

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 D’ailleurs Franck faisait tout très bien. Certes, il était l’ainé de Mickaël d’un ou deux ans, mais il avait eu son permis depuis longtemps, et ce n’était pas sa première voiture. Il était fort en sport, assez doué à l’école, très beau, et fort aussi en filles. Impossible d’aller quelque part sans qu’il fasse une conquête, des filles la plupart du temps très belles.

 

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Enfant de famille nombreuse, son père était décédé depuis longtemps déjà, la maman était très charismatique, un vrai chef de clan, et les grands frères avait repris les rênes pour mieux remplacer le papa. Ils étaient tous très unis, pour que chacun réussisse dans la vie. Mickaël réalisait que lui, bien que très entouré aussi, avait été élevé plutôt pour faire le bien tel un petit jésus en puissance, mais pas forcément pour réussir.

Franck avait dégoté ce plan en Suède grâce à une de ses sœurs, qui avait habité là-bas quelques temps. En arrivant, ils auraient déjà une maison, et du boulot, dans une entreprise d’exploitation forestière, entretemps la route s’écoulait, paisiblement.

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Un autre passager, non clandestin, était à bord. Eric était un camarade de l’école forestière,  il profitait juste du voyage pour découvrir la Suède, que personne d’entre eux ne connaissaient, mais il ne resterait pas pour travailler. En fait, c’était un  bien un drôle d’équipage, car malgré les deux ans qu’ils avaient passés ensemble, on ne peut pas dire qu’ils étaient amis. Franck avait choisi Mickaël pour l’accompagner dans l’aventure car, dans la classe, c’étaient, chacun a leur manière, deux célébrités comme il y en a dans toutes les classes.

La notoriété de Marc lui venait incontestablement de ses succès avec les filles, et puis, c’était un bon fêtard aussi, toujours prêt à raconter dans les soirées, les mêmes histoires pour faire rire la cantonade, tout le monde étant toujours un peu obligé de rire, tant il riait à chaque fois en les racontant. Franck était tellement fort de caractère qu’il n’avait guère besoin d’avoir de copains attitrés, encore moins d’amis. C’était un bon vivant, amoureux de l’instant, franchement peu amoureux tout court, les filles, c’était l’histoire d’une soirée. Ce gars avait surement pleins de copains, mais probablement peu d’amis, tant il s’aimait surtout lui-même.

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La notoriété, pour Mickaël, c’était assez nouveau. Ces deux ans passés à l’école avaient été sa  première expérience de liberté relative, tant ses parents avaient eu jusqu’alors bien du mal à lui lâcher les rênes. Il avait pu ainsi se rendre compte qu’il avait aussi pas mal d’atouts pour faire rire, son goût pour la musique rock et son look un peu rock’n roll justement, achevant de camper un personnage original que tout le monde aimait bien.

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Eric, lui, était très drôle, un côté bouffon, burlesque toujours prêt à la déconnante et au délire. Curieusement, c’était aussi un élève très sérieux, conscient du sacrifice financier qu’avaient fait ses parents pour l’envoyer dans cette école. Il travaillait beaucoup, sortait peu, mais le succès de ses quelques apparitions le plaçait assurément en tête de liste question célébrité. La 204 Peugeot réunissaient donc pour quelques jours, trois des plus joyeux drilles de la classe, trois personnages très différents aussi, qui ne se connaissaient guère.

Pendant ce temps, la voiture filait vers le grand nord, à travers l’Allemagne, le Danemark, le paysage défilait, la 204 montait sur des ferries, la Suède était en vue, Mickaël adorait.

 

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Le jour où ils atteignirent Mora, Mickaël ne réalisait pas dans quel piège curieux il était tombé, pour sa première expérience de vie. Leur maison était celle de la sœur de Franck, les amis, pareil, ils installaient leurs pantoufles dans une vie qui n’était pas la sienne, Mickaël était bien trop créateur pour résister à ce carcan qui lui tombait dessus sans s’en rendre compte. Franck n’avait pas ce genre de problème, peu importe que le cadre soit en préfabriqué, cela ne le gênait en rien pour vivre. Bientôt, il trouverait des montagnes de filles qui le combleraient dans sa quête de séductions éphémères, la Suède lui importait peu, il prenait bien plus de plaisir à faire découvrir Franck aux suédois, et surtout aux suédoises, c’était peu, mais largement suffisant pour le satisfaire.

 

Eric ne fut pas trop fâché de prendre la poudre d’escampette pour revenir en France. Mickaël allait adorer la Suède, et finir presque par détester Franck, qui allait gâcher sa première expérience de liberté, un mot auquel il était attaché à un point qu’il ne soupçonnait pas encore vraiment .Mora_82