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Fringues

 

N’en j’tez plus ! L’émission « Envoyé spéciale », bastion résistant et précieux du journalisme d’investigation, a encore fait des siennes pour me compliquer encore un peu plus l’existence. Je passerai rapidement sur les multiples reportages traitant de la fabrication, voire de la distribution de nos multiples produits alimentaires. Ça commence à être coton d’acheter à bouffer : poissons d’élevage, viandes en tout genre, fruits et légumes pas trop bio, salariés miséreux des nouveaux « dragons économiques ».

La semaine dernière, c’était les fringues. Saloperies de fringues, qui nous font subir la dictature des ados, avec leurs putains de marques à la con, et qui nous rétament complètement le porte monnaie, ainsi que nos précieuses cellules nerveuses littéralement massacrées par d’interminables conflits. Ma vengeance sera terrible.

Pas mal d’ « étiquettes » se sont retrouvées dans les décombres du Raza Plaza, usine textile au Bengladesh, le 24 avril 2013. Comme dirais un « politique » à la télé, quelques chiffres : 1135 morts, 140 corps jamais retrouvés, 3 étages bizarrement rajoutés, permis de construire à pas demander, n’en j’tez plus. De 2006 à 2008, 245 incendies dans des usines textiles au Bengladesh et au Pakistan. Depuis 1990, 1700 morts dans le secteur au Bengladesh. Depuis, pas grand-chose, ça frémit un peu côté droit international, mais sur les 29 millions d’euros d’indemnisation prévus, seul un tiers est arrivé, et la moitié des marques concernées n’a pas encore raqué. Auchan refuse de payer, pas au courant qu’ils étaient concernés, «  c’est les sous traitants », mais les étiquettes sont quand mêmes à côté des cadavres, ça fait désordre.

Allez, quelques chiffres encore : salaire des femmes qui fabriquent, 50 euros, et encore fraichement augmentées de 65% ; prix de revient d’une chemise vendue en Europe 25 euros, sortie d’usine, 53 centimes, arrivée en Europe, 2 euros avec le transport ; bénéfices de HM et Inditex (marque Zara), respectivement 1.95 milliards et 2.38 milliards de dollars l’année dernière. Franchement une furieuse envie de passer le restant de la journée, à poil.

Il ne faut pas, doucement sur le boycott, sinon ils vont fermer, et comme ils n’ont déjà pas grand-chose à bouffer, un monde de dingue !!! Surtout que nous, finalement on s’en branle. Si « l’image » de ces putains de marques est atteinte, puisque tout repose sur leur « image », ils iront faire fabriquer ailleurs. « Envoyé spécial » nous emmène au Cambodge d’ailleurs. C’est vachement mieux, salaire mensuel 80 euros, demande d’augmentation à 95 euros, niet. Manifestation ? Répression policière à balles réelles, impossible de faire dans la dentelle, secteur économique clé, collusion pouvoir politique et grands dirigeants d’entreprise, faut sortir du tee shirt, et en silence, fermez le ban.

Il était inutile de reparler de thèmes déjà évoqués par le passé. Ces merveilleuses fringues nécessitent l’utilisation de produits chimiques, bien souvent interdits d’utilisation en Europe, tellement toxiques, qu’à certains endroits, on met des gosses là-dessus. Quand on a à faire à une boite pas trop mal, le « monde du travail », ça commence à 15 ans, mais d’autres articles font états de l’âge de certains gosses qui font joujou avec la peinture, 10 à 14 ans. Au moment d’enfourner tout ça dans des containers, en route pour Le Havre, on bombarde les fringues de « conservateurs » tellement inoffensifs, qu’à l’ouverture des conteneurs en Europe, les douaniers laissent « ventiler » pendant au moins une demi-heure, n’en j’tez plus !

Histoire de nous remonter le moral, « Envoyé spécial » va faire un tour chez « Abercrombie », marque de boutiques de fringues américaines, avec tout ce qui faut pour faire « jeuns », musique à donf, belles nanas, look branché et tout. Les vendeurs, recrutés, même jusque dans la rue, avec comme principal critère, la beauté, les « pas trop mal », plutôt fond de magasin à replier les fringues, les moches, pas en contact avec le public, à la cave à ouvrir les cartons. Pas de grandes tailles dans les rayons, pas question d’avoir du mal à se croiser avec des obèses, à faire tomber des bouts de tissus à paillettes pour anorexiques. Bon ok, je vais en faire trop, mais c’est vrai que ça deviendrait gore de faire fabriquer des fringues pour les « bien en chair » par les faméliques bengalis.

Ouais bon, l'Asie devient l'usine du monde, et nous la vitrine, rutilante, scintillante, avec dans l'arrière cour fermée à double tour, des cartons éventrées, des relents de pesticides, et des ouvriers miséreux. Ok c'est la guerre de l'image, alors faisons là, foutons en l'air toutes ces images de dictature du look. Bon, qu'est-ce que je vais me mettre aujourd'hui.

 

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