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Barrages

 

Depuis que je travaille régulièrement auprès des personnels EDF et ERDF, je me suis mis à m’intéresser presque malgré moi, à ce fluide un peu particuliers qu’est l’électricité.

Je vais commencer par vous emmener dans un champ de pêchers, ligne éditoriale oblige. Ce champ a un propriétaire, mais il ne s’en occupe pas. Il confie le soin de l’entretien des arbres, et le ramassage des fruits à un arboriculteur, qui récolte donc les pêches et les met au bord du champ, dans des cagettes. Comme ce sont des pêches, fruit choisi volontairement, elles ne se conservent pas et doivent être acheminées très vite. Arrivent pour se faire de gros semis remorques, qui embarquent aussitôt les fruits vers de grands hangars. Tout aussi rapidement, ces fruits sont ensuite réexpédies en petite quantité, dans de petites camionnettes, et apportées directement chez vous et moi, afin que nous puissions consommer ces pêches. Toute cette organisation se fait « à flux tendu », expression très à la mode, mais qui convient parfaitement, car il doit y avoir en permanence, correspondance entre les fruits ramassés et notre consommation de pêche.

Le propriétaire du champ, c’est l’état français. Le champ, c’est un barrage hydroélectrique, les pêches, le courant électrique bien sûr. L’arboriculteur, qui récolte et entretient, c’est la société EDF, EDF fournit, produit donc ce courant. Mais elle ne s’occupe pas du transport. Elle confie cette tâche à la société RTE (Réseau de transport d’électricité) qui va donc acheminer ce courant à travers toute la France, grâce aux lignes à haute et très haute tension. RTE s’occupe de ces lignes, les installe,  les entretient, et dans la mesure du possible, ou plutôt des moyens financiers, essaie de les enterrer, protection du paysage oblige, et, accessoirement, flux des oiseaux migrateurs oblige aussi.

Ce courant serait bien trop fort pour arriver jusqu’à nos maison. Les « camionnettes », qui vont se charger de nous fournir en électricité plus domestique, c’est encore une autre société, que nous confondons encore bien souvent avec EDF; à notre décharge, il faut bien reconnaître qu’il n’y a qu’une seule lettre qui change, puisqu’il s’agit de la société ERDF. ERDF s’occupe donc des lignes à moyenne et basse tension, les installe, les entretient, les répare quand c’est nécessaire. Vous êtes en panne de courant, un jour de tempête, parce qu’un arbre aura décidé de s’écraser sur une ligne, il y a « des p’tits gars » à ERDF, qui sont « d’astreinte » et vont partir pour rétablir votre alimentation électrique le plus vite possible. ERDF est dans toute la France, donc quand c’est un peu trop la panique, parce que la tempête est très grosse, ERDF peut envoyer des gars d’un peu partout pour arriver à faire face. Si vous suivez bien l’affaire, on peut remarquer que ERDF, est une entreprise, comme toutes les autres, qui doit gagner des ronds, mais elle a une responsabilité de service, on pourrait dire, publique.

Il fut un temps, dans les années glorieuses d’après-guerre, où tout ce petit monde était regroupé en une seule entité, EDF. EDF fabriquait, transportait, acheminait, facturait. Il y avait une certaine logique à cela, car l’électricité, ce n’est pas un stock de pêche, la comparaison a des limites. Impossible de stocker ce courant, donc la notion de flux tendu pouvait rendre logique l’existence d’un seul acteur. L’arrivée en masse dans notre pays, des réacteurs n’y changerait rien. Evidemment, EDF bénéficiait durant ces années de cocagne, d’un statut de monopole, mot qui allait devenir bientôt un gros mot dans une nouvelle période, où un nouveau mot allait faire une entrée fracassante dans notre vocabulaire, le libéralisme. Bien sûr, être agent EDF, à cette époque, c’était du pain béni ; électricité à pas cher, centres de vacances, colonies pour les gosses, logements de fonction, etc., etc.…Question « avantage », les « p’tits gars en bleu vont diront que « ça en a bien perdu », ils vont diront un peu plus difficilement, que ça « reste encore pas mal », il n’y a qu’à se comparer avec eux pour ce qui nous attend « à la retraite », il n’y a pas photo.

Un nouvel acteur est pourtant apparu, et qui a décidé de mettre fin à cette situation de monopole, c’est « l’Europe », aaahh, l’Europe ! Alors, on a commencé par découper EDF, en plusieurs entités, comme on vient de le voir plus haut. Ces différentes sociétés sont quand même un peu sœurs, elles ont une histoire commune, mais l’esprit de clan a fait son petit bout de chemin, elles ne se font pas de cadeau, et n’arrêtent donc pas de se facturer des trucs entre elles, bonjour la « compta » ! EDF est en plusieurs morceaux, mais chaque « morceau » dispose dans son domaine d’une situation encore très « monopolistique », alors « l’Europe » n’aime pas.

Prenons un barrage hydro-électrique justement : Le propriétaire, c’est l’état français. EDF n’est que le concessionnaire du barrage et une concession, ça se renouvelle. On pourrait donc se retrouver avec des « concessionnaires » intéressés. C’est vrai que pour partir dans une activité pareille, il faut être costaud, l’artisan du coin, ça va pas le faire. Mais des costauds, il y en a quelques uns. En France, on a surtout GDF SUEZ, mais on peut très bien imaginer voir arriver des groupes étrangers. Dans le massif central, GDF SUEZ est déjà concessionnaire de quelques barrages, qui, pour la petite histoire, étaient la propriété, à une ancienne époque, de la SNCF, qui avait besoin de barrages, pour alimenter en électricité, certaines lignes ferroviaires. Seulement voilà, « barragiste », c’est une activité complexe, car l’eau est à tout le monde, il en faut pour les agriculteurs, les pêcheurs, les plaisanciers, et même les poissons migrateurs, décidément ces migrateurs, un vrai casse-tête, il n’y a qu’à voir les gens du voyage, mais voilà, la nature, c’est la nature, et une petite voix nous dit que chaque fois qu’on veut trop la contrarier, on fait souvent des conneries, bref…

« Barragiste », c’est un peu tout ça, arriver à produire du courant, mais en partenariat avec beaucoup d’autres acteurs. Ça peut être aussi une activité très rentable. L’électricité « hydraulique » est la seule « stockable », eh oui, on ouvre les vannes, un peu quand on veut, et c’est là que ça devient intéressant, car le prix de l’électricité varie sans cesse, il y a même une bourse de l’électricité, qui fixe la côte en permanence. En pleine hiver, tout le monde de retour à la maison, grosse consommation, les prix grimpent ; le barrage ouvre ses vannes, et c’est le jackpot. En été, pas de chauffage, les vacances, cool, le prix baisse, pas grand intérêt à produire à ce moment là. Mais, quand on est un acteur, au milieu des acteurs, on ne fait pas toujours comme on veut. Quelque fois, on aimerait stocker, mais faut « laisser passer » un peu, d’autres fois, on aimerait « envoyer », mais on ne peut pas tous à la fois, tout cela, ça doit se gérer « aux petits oignons ».Pour l’instant, EDF gère la quasi-totalité des barrages. Le jour où des « capitaux » viendront renifler autour de tout ça, le cahier des charges a intérêt à être béton, avec différentes sociétés sur le même « bassin », bonjour l’usine à gaz. C’est bien pour ça que « l’Europe a dit », mais ça ne se fait pas très vite, c’est peut-être pas plus mal.

Restons quand même un moment sur l’énergie hydraulique, acteur très discret du débat actuel sur les mutations en cours. Bien sûr, tout n’est pas parfait en matière d’écologie, encore que les barrages ont aussi leur intérêt dans la domestication des cours d’eau. L’énergie hydraulique reste une énergie propre, renouvelable, et surtout la seule, stockable, très pratique dans des situations de pic de consommation.

Je terminerai encore avec une notion de concession. ERDF n’est pas propriétaire de son réseau, ce sont les communes, qui peuvent donc changer de concessionnaire, d’ailleurs ERDF n’est déjà plus en situation de monopole absolu, même si il reste très dominant. Demain, cependant, ERDF ne sera peut-être plus votre interlocuteur en cas de panne, vous aurez changé de concessionnaire. Attention, pas facile d’être concessionnaire. D’ailleurs le passé mériterait quelques enquêtes. Devenir concessionnaire, bouffer le pognon, sans faire les investissements nécessaire, et ensuite, rendre la concession, pour que nos bonnes vieilles entreprises publiques remettent tout en état, aux frais du contribuable, et que, quand tout est nickel, on voit réapparaitre des concessionnaires à nouveaux intéressés, ce ne serait pas seulement une légende, ça aurait déjà pas mal exister. De là à vous dire qu’à l’avenir, il va falloir vous tenir un peu au courant !!!