Nickel… chrome

Nous sommes partis de Troyes à sept. Mais, arrivés dans l’Ain, nous avons mangé en cinq sept, avant de se décider pour faire Marseille Cassis. Puis ayant refait la voiture à neuf, nous sommes repartis de Sète à trois. Montés sur le ferry, nous avons fini par tanguer, enfin par Tanger, et là un truc pas possible, c’est la vérité vraie, je pose le pied sur le sol, et là comme une décharge électrique qui me remonte dans les jambes, jusqu’aux tripes.

-         Ouais mais là Alain, vous veniez de faire trois jours de bateau, t’avais l’estomac tout retourné, t’as posé le pied sur la terre ferme, tu te sentais mieux c’est normal.

Non Nicole, je te dis que je l’ai senti, c’était Nickel, c’est tout. Après on a enquillé tout le Maroc, et là, vraiment, nickel, on est passé partout, Rabat, Joie, Casa, Blanca, Marra, Kech, partout, partout c’était nickel, qu’est ce tu dis Gégé, ouais, chrome, chrome.

-         Ouais mais Alain quand même, il y  avait des endroits avec du béton partout, et puis pour les visas ça a été galère, et puis Marrakech, c’est devenu pas terrible.

Oui, je suis d’accord Nicole, mais ça c’est rien, pour tout le reste, c’était nickel. Ensuite on est passé en Mauritanie, la route de bord de mer, complètement défoncée, un soleil de plomb, à te rendre la peau complètement cuivrée tu sais, non là faut vraiment avoir une santé de fer, mais sinon, c’était nickel.

-         Ouais mais Alain quand même, quand t’arrivais quelque part, fallait aller au commissariat, pour aller manger, fallait un flic, et pour la nourriture, c’était dur quand même.

Ouais je suis d’accord Nicole, mais c’est rien en fait ça, pour le reste, c’était nickel, qu’est tu dis Gégé, ouais chrome, chrome. Oh puis là, en repartant, un moment, je me retourne, el là, il manque Agnès, qu’est ce tu dis Gégé, il manganèse, alors là, t’es vraiment naze tu sais. Bon en fait on retrouve Agnès assez rapidement, ah la la Agnès, elle est mignonne, qu’est ce tu dis Gégé, aluminium, tu t’es plié en quatre pour la trouver celle là. Oh puis  le jour où l’on a vu le train, t’aurais vu le train, ouais tu sais celui qui transporte le minerai, ouais de fer, de fer, ouais qu’est ce tu dis Gégé, le train aussi est en fer, ouais ben avec tes jeux de mots laids, ça devient l’enfer. Alors après on a repris un train d’enfer justement, et on est arrivé au Mali, et là, pour passer la frontière, on a ferraillé dur, mais bon, on avait un moral en béton, alors c’était nickel, et puis partout, des gens en or, et pas d’argent, mais nickel, vraiment nickel.

-         Ouais mais Alain quand même, vous avez eu des barrages, ils ont essayé de vous taper du fric, c’était pas cool quand même.

Ouais je suis d’accord avec toi Nicole, mais ça c’est rien, autrement c’était, vraiment, nickel. Oh puis oui un truc, on arrive à Bamako, et là, un mal de ventre, des barres de fer dans le bide, vite il faut que je trouve un chiotte. Je me précipite dans le bar, et là même pas un zinc rien, je me rue sur les chiottes, et là je te coule un bronze, faut voir comme, et après j’étais vraiment nickel. Et puis un jour on est arrivé au Burkina, et là, avec les burkinabés, c’était nickel, on a fait Ouahigouya, Djibo, il n’y a qu’à Ouaga, oh là, pour circuler là dedans, fallait vraiment avoir des nerfs d’acier. Après on est allé à Kantchari, là on a eu un peu les boules, le projet avait du plomb dans l’aile, mais bon…Et puis il fallait commencer à penser à rentrer, alors on est allé dire au revoir à Boubacar, et là encore, sa femme, en or, partout des gens en or, pas d’argent, mais…nickel, des gisements de bonne volonté, des mines de gentillesse, vraiment nickel, ouais chrome Gégé, chrome, ta gueule Gégé.

-         Ouais mais quand même Alain, t’as bien vu que…

Tais toi Nicole, je te dis, nickel, tu m’entends, nickel, vraiment, nickel, ouais chrome Gégé, putain, tu fais chier Gégé...

 

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