Henriette

 

Bonsoir, bonsoir à tous, bienvenu pour cette nouvelle édition de « une rencontre, un jour ». Alors ce soir, c’est un peu particuliers bien sûr, puisque nous sommes le soir de Noël. Où sommes nous, eh bien nous sommes en direct de Morne la vallée, dans le val de Mare, de chez Mare où nous avons rendez vous avec Henriette. Alors Henriette, laissez moi vous la présenter, soixante dix ans, trente ans de bons et loyaux services à l’Education nationale et qui aujourd’hui, en ce jour de Noël, a délaissé le petit confort de son cocon familial, pour venir passer son réveillon auprès des plus démunis, dans cette grande salle communale réquisitionnée pour l’occasion, par le secours populaire.

- Alors Henriette, je me tourne vers vous sans plus attendre, à quoi va consister votre tâche ce soir ?

- Ah ben vous voyez, ce soir, je vais faire le service. On est venu un peu plus bonne heure pour tout installer, on va bientôt servir l’entrée, et puis après ce sera tout le reste, ensuite on va débarrasser, la vaisselle, et puis tout ranger, voilà quoi.

- Mais Henriette, une première question, vous avez une famille, des enfants, des petits enfants, ils ne vont pas trop vous manquer ce soir ?

- Vous plaisantez ?! Vous savez, je commence à les voir réapparaître début décembre, parce qu’ils savent que les étrennes ne sont pas loin… Ils se retiennent pour ne pas me demander une augmentation, avec l’inflation, le cours du pétrole, pourquoi pas les difficultés budgétaires ? Non non, je suis cent fois mieux ici, avec de la reconnaissance dans le regard des gens, c’est ça le plus important vous savez.

- Tout de même, Henriette, Noël, l’ouverture des cadeaux, le regard des enfants qui brille, les retrouvailles en famille ?!

- L’ouverture des cadeaux ? Quand je pense que nous, on décollait tout doucement les scotchs, on repliait soigneusement le papier des fois qu’il puisse resservir, et puis, on savait faire durer le plaisir ! Vous les voyez maintenant éventrer tout ça en cinq minutes, le carton d’emballage avec, et même le mode d’emploi, la notice, la garantie. Après ils viennent pleurer en disant Mamie, ça marche pas, même pas fichus de consulter  une notice si y a plus de deux lignes à lire ! Mon Dieu, quel cauchemar !

- Bon d’accord ; mettons qu’avec la famille, ça ne soit pas toujours facile…on est bien un peu tous pareil aujourd’hui. Mais il y a les amis, les histoires à se raconter du bon vieux temps, au coin du feu, vous n’allez pas me faire croire que vous n’avez pas d’amis Henriette ?

- Bien sûr que j’ai des amis, comme tout le monde, mais bon… Moi vous savez moi les radotages… L’autre qui vous explique comment elle a fait cuire sa dinde au marron, celle qu’à trouver un petit ensemble à pas cher dans son petit magasin dans la rue machin truc, et leurs enfants, alors là c’est une torture, l’autre avec sa fille aux beaux arts ou son fils qui fait une école d’ingénieur là-bas aux Etats Unis, ça commence franchement à me courir sur le haricot.

- En parlant de haricot, Henriette, vous ne vous faites pas des petits plaisirs, en ces jours de fêtes, un peu de fois gras, des huitres, sans aller jusqu’au caviar mais bon…

- oh c’est fini pour moi tout ça. Vous savez, moi, quand j’ai avalé mes trois huitres… Je suis bien contente que ce bacchanal soit bientôt fini. Le soir, moi, c’est une bonne petite soupe et puis, hop, au dodo, même pas de télé, je ne dis pas ça pour vous, mais bon, si c’est pour se farcir ce tissu d’imbécilités…

- Bon bien Henriette ; ben dites moi, une question, on pourrait être amené à vous souhaitez qu’il y ait toujours de pauvres gens à s’occuper en fin de compte ?

- Ne vous en faites pas pour ça, je crois que nous, on n’est pas prêts d’être guettés par le chômage, au pire, le jour où on a plus besoin de moi ici, je fais mon sac à dos, et zou, direction l’Afrique, l’Asie, l’Amérique du sud, c’est pas ça qui va me faire peur vous savez !

- Et bien, très bien Henriette, je crois qu’on va peut-être vous laisser travailler un peu, vous avez du pain sur la planche, c’est le cas de le dire. Allez, avant de se quitter, une petite confidence tout de même, dites moi pas que vous n’allez pas craquer pour un petit bout de carré de chocolat en fin de soirée.

- Ah là, j’avoue que vous avez touché un point sensible, le chocolat, mon péché mignon, je ne peux pas résister. Oh et puis vous savez, je ne tourne pas le dos aux petits plaisirs. Gilbert, notre responsable amène chaque année sa petite bouteille de gnôle, ne vous inquiétez pas, on va lui faire sa fête, croyez moi !

- Oh, mais ça va être la chaude ambiance au petit matin. Vous allez peut-être même finir par vous faire un petit copain Henriette !

- Oh écoutez Monsieur, vous avez été très correct jusqu’à présent mais là, je vous trouve quand même un peu polisson. Allez, faut que j’y retourne moi maintenant, j’ai du travail.

- Merci pour tout Henriette, bon courage pour la soirée, et bien sûr, joyeux Noël ! Voilà c’était Morne la vallée, on se retrouve tous demain, pour une nouvelle édition de « une rencontre un jour ». Salut à tous !

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